Avignon Nord : quand extension rime avec questions

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   S’il est des sujets qui prêtent à polémique, l’extension de la galerie marchande d’Avignon Nord ne déroge pas à la règle.

Des voix se sont rapidement élevées pour dénoncer un projet néfaste pour le commerce de proximité. Celles de commerçants de centre-ville, qu’ils soient d’Avignon, du Pontet ou de Sorgues, pour la plupart dépités, presque fatalistes, se sentant victimes d’une injustice par dessus laquelle la puissance financière du groupe Auchan peut allègrement sauter.

Celle de l’UPA, qui fédère le commerce de proximité et qui fustige les membres de la CDAC ainsi que certains élus, auxquels il est rappelé que la mémoire d’un mauvais coup ne s’efface pas avec le temps. L’UPA rappelle que non seulement la création de zones commerciales périphériques, en détruisant l’économie de proximité, est un leurre en termes d’emploi mais que ses conséquences remettent plus profondément en cause la qualité de vie et le lien social. Selon l’Union Professionnelle Artisanale, elles ont un impact négatif sur l’aménagement du territoire, d’où la question essentielle : « Souhaitons-nous réellement sacrifier le commerce de proximité vauclusien sur l’autel de la grande distribution ? »

Sans aucun doute, cette question s’adresse aux élus dont certains ont la tête qui tourne sous l’effet du doux parfum des élections, au point d’en perdre la conscience du bien commun.

Le premier adjoint du Pontet, artisan, et prétendant au trône, dont le programme affiche en bonne place la redynamisation du commerce de centre ville, se réjouit du projet d’extension, inquiet qu’une autre commune puisse bénéficier de la manne.

Même son de cloche chez un autre candidat du Pontet, sans étiquette.

Pour le représentant du Rassemblement Bleu Marine, l’avis est contraire. L’extension pénalisera le commerce de centre-ville et les logements sont superflus.

Et oui, bien sûr, il y a aussi des logements au Panisset !

Pour les urbanistes, la périurbanisation est, en effet, tant au niveau économique qu’au niveau de la qualité de vie, contraire aux principes du développement durable et aux besoins de mixité sociale. La tendance générale, en matière d’aménagement du territoire est la recherche d’une ville compacte, concentrant emplois, commerces et logements, ce que les spécialistes décrivent comme une morphologie urbaine d’optimisation des ressources. On peut ainsi constater, confirmant cette tendance dans la plupart des grands centres urbains, l’installation de petites et moyennes surfaces alimentaires sous les marques Casino ou Carrefour.

Dans le projet Immochan, c’est l’inverse qui se produit. On ne revitalise pas les centres-villes par l’implantation de surfaces commerciales mais on construit une ville, avec bureaux et logements, autour du centre commercial. Un peu à la manière des résidences de montagne « skis aux pieds », on réalise des résidences « caddies en main ». C’est moins glamour mais tout aussi onéreux !

Pour être objectif, on peut compter, à court terme, sur des emplois. On peut également escompter une augmentation de l’attractivité du centre commercial, donc une diminution des achats en ville. Mais au delà, de ces flux de consommation, quelle perspective voit-on se dessiner ? Est-ce vraiment rendre service à la région que de continuer ce mitage ?

L’intérêt général consiste-t-il à éluder l’avenir au profit des réalités économiques d’aujourd’hui ?

Les 26 enseignes prévues dans l’extension ne se feront pas prier pour s’installer après avoir lu les chiffres de fréquentation de la galerie. Mais seront-elles bien placées pour améliorer la qualité de vie des habitants environnants dans le futur ?

Jean-Louis Vitone