Avignon nord, ville nouvelle

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   La commission départementale d’aménagement commercial (CDAC) composée, entre autres, de représentants de diverses communes environnantes, du Conseil Général, d’un membre de l’UFC, d’un architecte, d’un membre d’une association environnementale, vient de valider le nouveau projet d’extension de la galerie marchande d’Avignon Nord au Pontet.

Le précédent projet, prévoyant une extension de la galerie marchande de près de 7 000 m2, avait été refusé par la commission nationale en novembre 2013 bien qu’il ait obtenu l’aval départemental le 4 juillet. En attendant l’avis du Conseil d’État, qui doit maintenant examiner le projet, Immochan, filiale immobilière du groupe Auchan, a préféré revoir à la baisse le nombre de mètres carrés supplémentaires.

Pour cette seconde tentative, Immochan souhaite accroitre la surface commerciale de la galerie de 4 980 m2, soit 37 % de plus que la surface actuelle, 13 256 m2.

Près de 5000 m2 destinés à accueillir 26 nouvelles enseignes parmi lesquelles Okaidi, Undiz, Mango, Crocs …

Pour définir son projet, Immochan s’est basé sur des questionnaires auprès des clients et auprès des «non-clients», des études sur le dimensionnement du trafic, des ateliers d’écoute, des ateliers de jeunes pour finir par une concertation avec les élus consulaires, les représentants des organisations professionnelles, les associations représentatives, les commerçants de centre ville…

Il faut dire qu’au delà de l’agrandissement de la galerie marchande, c’est un nouveau quartier qu’Immochan projette de construire : 850 logements sur le secteur du Panisset pour 2 500 habitants, un parc tertiaire de 10 000 m2 de bureaux, un pôle restauration et une zone d’activités d’entreprises.

Immochan défend son projet avec des arguments traditionnels, comme le besoin de rénover des bâtiments commerciaux vieux de 40 ans et sa volonté d’assurer un avenir durable à la première zone économique du Vaucluse qui emploie 8 000 personnes.

Utilisant un raisonnement plus prospectif, Immochan se réfère également au SCOT, le schéma de cohérence territoriale du Bassin de vie d’Avignon, approuvé fin 2011 par les élus.

Le SCOT, reprenant des analyses de l’INSEE, prévoit que l’aire urbaine d’Avignon, la 2ème de France en superficie, accueillera 31 000 nouveaux habitants avec la création de 17 000 emplois à la clé d’ici 2020. Pour s’adapter à cette croissance, le SCOT désigne cinq pôles d’intérêt métropolitain pour le développement de l’aire urbaine parmi lesquels, Avignon Nord.

L’Insee constate cependant que l’aire urbaine avignonnaise constitue un des bassins de vie de 500 000 habitants les plus morcelés de France. En clair, cela signifie que les entités urbaines sont trop petites, et que le fait que 60 % des habitants habitent en maison individuelle génère une trop forte utilisation de la voiture. Or, l’une des caractéristiques des grandes surfaces commerciales est de favoriser les déplacements automobiles.

Le DOG, Document d’Orientations Générales, issu du SCOT précise :

«Il s’agit de penser le développement qualitatif du pôle Avignon-Nord pour que celui-ci demeure un pôle attractif à l’échelle du bassin de vie du département, et qu’il demeure le pôle régional essentiel pour attirer les consommateurs lointains à titre exceptionnel».

Un développement qualitatif n’a donc pas vocation à chercher à étendre la zone de chalandise.

Évoquant ailleurs le centre-ville d’Avignon, il ajoute : «Celui-ci doit (…) répondre à une demande non satisfaite par l’offre périphérique et pouvant s’accommoder d’un cadre commercial de centre-ville…. ».

Plusieurs questions restent donc posées :

Quid d’une offre pouvant s’accommoder d’un cadre commercial de centre-ville ? Les boutiques correspondent-elles à cette définition ? Si oui, pourquoi ajouter 26 boutiques à une galerie commerciale ? Est-ce un développement qualitatif ? Et augmenter le nombre d’enseignes, ne va-t-il pas se traduire par les déplacements de clientèles de plus en plus éloignées ?

Heureusement, le DOG répond au problème global sur un autre plan : «La fonction commerciale ne suffit plus»

Cette remarque est le Sesame du projet. Il n’y aura donc pas d’extension de surface commerciale sans un véritable aménagement du territoire. Avec un espace dédié aux entreprises et un quartier d’habitations, la mixité urbaine se propagera et les déplacements pour achats diminueront.

Seront ainsi créés :

–        un parc tertiaire avec 10 000 m2 de surface de plancher pouvant accueillir 300 salariés.

–        au Parc d’activités Sorgues-Sud, une pépinière d’entreprises, un centre de formation et un centre d’appui aux NTIC. 2,5 Millions d’€ d’investissements seront apportés en aménagement primaire.

–        côté habitat, un nouveau quartier de plus de 850 logements au Panisset. 2 000 À 2 500 habitants pourront y résider à terme. VILOGIA, un des plus importants acteurs du logement social dans la région, sera l’opérateur de ce projet immobilier. Collecteur du 1% auprès d’Auchan, VILOGIA pourra, grâce à cet habitat en partie social, proposer un parc résidentiel aux salariés d’Avignon nord, limitant considérablement leurs déplacements.

Pour réaliser le tout, Immochan dispose d’arguments chocs, à commencer par le budget qui sera alloué aux travaux. 90 M€ de gros œuvre sur l’ensemble du projet ne manquera pas d’intéresser les entreprises de BTP. Cette somme représente en effet 5 % du chiffre d’affaires annuel du BTP vauclusien et Immochan promet une charte pour faciliter l’intervention des entreprises locales.

Les promoteurs du projet mettent aussi en avant leurs préoccupations environnementales. Le projet évite l’étalement urbain, économise l’espace, rapproche le stationnement des commerces, le tout dans un souci de végétaliser le bâti.

Il se veut un signal architectural fort et moderne, agrémenté de verdure avec mise en valeur des abords paysagers, cheminement piétonnier, plantations notamment d’espèces méditerranéennes économes en eau. Ce concept de «bâtiment-paysage» végétalisé, allié aux symboles architecturaux de modernité sera, bien entendu, un modèle de bâtiment bio-climatique économe en eau et énergie.

Quant à la gestion du trafic, estimé en croissance de 0,8 % en 2017, on pense la résoudre par une nouvelle voie pour desservir le Panisset entre la Tour Blanche à la route de Sorgues et la mise en place d’un transport en commun en site propre (TCSP).

Nul doute que si ce projet d’envergure est accepté et réalisé, il faille s’attendre à de profonds changements aussi bien au niveau paysager, équilibre urbain que dans nos habitudes.

D.O.