Municipales à Avignon : Constats en questions

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   Devoir résumer en quelques lignes un programme sensé apporter des solutions concrètes à des problèmes complexes et multiples qui touchent aussi bien au quotidien des personnes qu’aux grands choix structurants est un exercice forcément frustrant. Aussi, bien que chacun ait le souci de synthétiser au mieux le sens de son action en donnant quelques pistes, on est, en vérité, assez peu éclairés quand on lit les intentions des quatre principaux candidats à la Mairie d’Avignon, dont Quartier d’affaires a recueilli les propos.

Avant même d’entrer dans le vif du sujet avec une lecture critique des programmes, on peut simplement, par exemple, réfléchir au constat assez consensuel des atouts de la ville que dressent les quatre intéressés. Celui-ci n’a d’ailleurs pas varié depuis les années 80, et se décline en trois thèmes récurrents : situation géographique, culture et patrimoine. Ces atouts sont sensés être les socles sur lesquels vont reposer les choix des prétendants à la mairie en matière économique.

Apparemment indiscutable, la situation géographique d’Avignon est tantôt qualifiée de « privilégiée » , tantôt de « carrefour régional, national et européen », « d’ouverte sur l’Europe avec un accès direct à l’Italie et l’Espagne », ou encore de « localisation géographique stratégique ». On est cependant en droit de se poser la question : légende urbaine ou réalité ? A la lecture des cartes de l’organisation de l’espace français comprenant les principaux réseaux de communication, Avignon semble plutôt se situer dans un couloir Nord-Sud, parcouru par un flux important débouchant sur la région marseillaise, porte de la Méditerranée. Les embranchements routiers et ferroviaires pour l’Espagne sont au nord de la ville, sans compter qu’une bonne partie des échanges avec la péninsule ibérique se font par la côte atlantique et par l’autoroute A75. La route pour l’Italie n’est guère plus aisée au sud par Nice ou par la route principale des tunnels alpins au nord qui mènent aux grands centres industriels du Piemont et de la Lombardie.

Quand à l’axe est-ouest, il évite Avignon à hauteur de Salon-de-Provence. Cela explique probablement que les grands centres logistiques soient positionnés plus au sud, entre Saint Martin de Crau et Marseille. Dans ces conditions, qu’entend-t-on par « carrefour » ?

Si tant est qu’on puisse encore tirer de la position géographique d’Avignon un argument décisif pour une entreprise, encore faut-il réviser précisément sa pertinence. Il y a plus de 20 ans, le cabinet Ernst & Young, mandaté pour l’implantation d’entreprises sur Agroparc, n’avait pas réussi à convaincre malgré un tel avantage. En sera-t-il autrement demain ?

Autre question : cette position géographique est-elle vraiment importante ? Vitré ou Annecy qui plafonnent à 6 ou 7% de chômage sont-ils à des carrefours stratégiques ? Et le nec plus ultra d’une implantation d’entreprise, est-ce la proximité d’un circuit de poids lourds ?

Le deuxième atout majeur d’Avignon est, disent nos quatre candidats, sa dimension culturelle. On pense évidemment au Festival, qui bouleverse la physionomie de la ville chaque mois de juillet. Il est certain qu’Avignon et théâtre sont indissociables, que les responsables culturels des collectivités font leurs emplettes en ville pour l’année, que les grandes tendances dramatiques s’expriment dans le In et le Off. Mais que reste-t-il du Festival quand les gradins sont démontés ? Avignon a-t-elle un intérêt pour les professionnels des arts de la scène en dehors de la période du Festival ?

Accueillir le Festival ne fait pas d’Avignon la capitale du théâtre, de même que le Festival de Cannes ne fait de Cannes la capitale du cinéma. Par contre, ce dernier fait de Cannes une ville capable d’accueillir des événements prestigieux, qu’elle sait gérer d’un point de vue économique toute l’année grâce, entre autres, à son offre hôtelière. La situation d’Avignon est bien loin de ça. La ville bénéficie d’une renommée, mais ne parvient pas à capitaliser sur sa dimension culturelle.

Le troisième atout, le patrimoine, n’est, quant à lui, pas contestable. Il repose essentiellement sur le Pont et le Palais des Papes, et offre au visiteur d’intéressantes découvertes a foison. Pourtant, une fois encore, on peut regretter l’absence de véritable osmose entre ces monuments exceptionnels et la ville. Des Papes ont séjourné à Avignon pendant plus de 70 ans, faisant de la ville la capitale de la chrétienté et, aujourd’hui, il est difficile pour le touriste de le percevoir avant d’avoir pénétré dans le Palais. Malheureusement, reléguer des monuments comme le Pont et le Palais à de vieilles pierres médiévales, c’est leur ôter toute vie. C’est, d’un point de vue économique encore, oublier que la manne générée par le tourisme dépend essentiellement du patrimoine.

Nos candidats, s’ils veulent se targuer de faire d’Avignon un véritable centre touristique devront d’abord faire assumer ces monuments par la ville, et créer un esprit qui soit imprégné de son histoire.

Ces constats sensés servir de points d’appui pour entreprendre de grandes choses, s’ils sont bien réels, nécessitent pour le moins d’être sérieusement renforcés. Nos candidats évoquent bien entendu d’autres éléments à inscrire à l’actif d’Avignon, mais, à vrai dire, pas tant que ça (filière agro-alimentaire, pôles de compétitivité Terralia et Pegase, niveau de compétence des salariés), préférant exposer leurs programmes entre tramway et relance de l’emploi, ce qui est normal. Dommage qu’ils n’aient pas décelé de volonté d’entreprendre chez des jeunes, d’actuels salariés ou des personnes sans emploi …

A quelques jours des élections, souhaitons qu’ils ne confondent pas la gestion d’une ville avec un ministère de la parole, et pèsent chaque mot jusqu’à ce qu’il soit vrai. Il en va de la solidité de leurs projets pour Avignon.

MS