Coûts de main d’œuvre en Europe : le grand écart

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  L’Europe a beau se vouloir unie, il reste quand même un long chemin à parcourir pour qu’un semblant d’harmonisation des coûts salariaux puisse à terme voir le jour.

L’un des constats les plus choquants est celui des coûts horaires de la main d’œuvre dans les Etats membres. L’institut Destatis les a calculé pour 2013, hors agriculture et administration publique, en ajoutant salaires, traitements et coûts non salariaux tels que les cotisations sociales à la charge des employeurs. L’étude montre que, si la moyenne européenne est de 23,70 euros de l’heure, les coûts de la main-d’œuvre s’étalent de 3,7 à 41 euros, soit un écart de 1 à 11 d’un bout de l’Europe à l’autre.

Une partie de l’explication de ces écarts se trouve dans la part des coûts non-salariaux dans le coût horaire total. Elle est de 23,7% dans l’ensemble de l’Europe, de 25,9% dans la zone euro. Elle est de 33% en France, de 20% en Allemagne, 15% en Angleterre et 8% à Malte.

Les ex-pays de l’est, pas vraiment gâtés par quelques décennies de dictature du prolétariat, se retrouvent tous dans le bas du classement. Les ouvriers bulgares coutent ainsi 11 fois moins cher que leurs confrères suédois et pourtant ces coûts horaires ont augmenté de 44,1% entre 2008 et 2013. Les roumains sont guère mieux lotis avec 4,6 euros, de même que la Pologne avec 7,6 euros.

Au-dessus des 10 euros de l’heure, se trouvent le Portugal, plongé dans les difficultés économiques que l’on connait, comme la Grèce avec 13,6 euros, coût en chute de 18% depuis 2008.

L’Espagne et le Royaume Uni dépassent de peu les 20 euros mais, contrairement aux pays précédents, le coût horaire dans leur secteur manufacturier est en général plus élevé.

A l’approche des 30 euros, le coût horaire de la main d’œuvre italienne de 28 euros est en hausse sur un an. Celui de la main d’œuvre irlandaise, plutôt en baisse, le suit de près avec 29 euros.

Le haut du classement est réservé au pays de l’ouest, aux PNB les plus élevés et aux protections sociales étendues. Entre 2011 et 2013, l’Allemagne a vu son coût horaire progresser de 2,7% pour s’établir à 31,3 euros et jusqu’à 36,20 euros dans le secteur manufacturier. Le coût horaire de la main d’œuvre aux Pays-Bas a gagné 12% en 5 ans pour atteindre 33,20 euros, juste avant celui de la France dont les 34,30 euros ont, de leur côté, tendance à stagner.

Les 4 pays dans lesquels le coût de la man d’œuvre est le plus élevé cumulent évidemment un haut niveau de vie et une forte couverture sociale : Luxembourg : 35,7 euros, Belgique : 38 euros, Pays-Bas : 38,40 euros, et Suède : 40 euros. Le cas de la Suède est un peu particulier car, ne faisant pas partie de la zone euro, sa monnaie, la couronne suédoise s’est revalorisée ces dernières années. Il n’empêche que l’on est loin du bas du tableau quand on découvre que la moyenne des coûts pour le secteur manufacturier atteint près de 45 euros de l’heure.

Ces disparités, même s’il ne s’agit pas que des salaires, n’ont pas échappé aux institutions européennes. Devant la pression de pays qui voient affluer chaque jour des travailleurs en quête d’un meilleur niveau de vie, elles ont conclu un accord de principe visant à encadrer le détachement de travailleurs européens. Ce texte, à propos duquel les pays de l’est font le forcing pour qu’il soit le plus inoffensif possible, a été jugé « très décevant » par la Confédération européenne des syndicats (CES).