Dossier : La représentation patronale en Vaucluse

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Bernard Vergier : « Le risque ? Une crise structurelle liée aux charges fiscales… »

Bernard Vergier est le président de la CGPME de Vaucluse. La Confédération générale des petites et moyennes entreprises à l’échelle nationale, est l’organisation patronale qui représente officiellement les TPE et PME rassemblant plus de 1 500 000 entreprises et 250 fédérations professionnelles sur tout le territoire national. Dans le Vaucluse, la CGPME rassemble les TPE et PME issues du commerce, de l’industrie et du tertiaire ainsi que 13 branches professionnelles et groupements soit au total plus de 5000 entreprises.

Comment en êtes-vous arrivé à devenir un entrepreneur ? Quel est votre parcours biographique ?

Je suis chef d’entreprise depuis 1971, soit depuis l’âge de mes 20 ans. Très vite, j’ai été membre du conseil d’Administration du CSNCRA (Chambre Syndicale Nationale du Commerce de la Réparation de l’Automobile) de Vaucluse, afin de participer à la défense de ma branche professionnelle pour finalement devenir le président départemental en 1990 jusqu’en 1996, je suis actuellement président d’honneur. La CCI a aussi constitué l’un de mes terrains d’engagement puisque j’ai été membre titulaire de celle-ci à partir de 1995, ce qui consacra un engagement actif depuis quelques années à la section Commerce. Je suis devenu vice-président de 1998 à 2001 pour ensuite me tourner vers la CGPME, après en avoir été membre fondateur en 1985 puis président depuis 2002. Enfin, je suis aujourd’hui membre du Conseil économique, social et environnemental de PACA et accomplis d’autres mandats à au niveau départemental et régional. Toutes ces responsabilités, je les exerce avec le souci de renforcer la cohésion entre le marché de l’emploi, le secteur des PME et la nécessaire croissance économique.

Quelle est votre vision de l’entrepreneuriat ?

L’entrepreneuriat est constitué par un ensemble de dynamiques inhérentes au lien social. Il s’agit du travail accompli aussi bien par l’ouvrier, l’ingénieur et le patron, il s’agit de l’espoir d’un avenir meilleur obtenu par le travail fourni et de l’intérêt pour une activité humaine valorisante. L’entreprise et le fait d’entreprendre représentent une réalité tellement puissante en termes d’emploi et de valeur ajoutée, pour notre pays, notre avenir et nos familles, que leur place est prioritaire.

La CGPME 84 poursuit quels objectifs actuellement ?

Porter toujours plus haut la voie des entrepreneurs. Aussi, nous appelons tous les chefs d’entreprise de TPE, PME-PMI à nous rejoindre. Notre confédération fournit à ses adhérents un véritable service de conseils et de réseaux en cas de difficulté mais surtout pour le développement des entreprises, pour la montée en compétences des dirigeants d’entreprise et de leurs collaborateurs d’encadrement.

Quelles propositions faites-vous pour la situation économique vauclusienne?

Nous devons accélérer le développement de sites d’accueil pour des entreprises génératrices d’emplois et notamment les entreprises industrielles. Les taxes locales doivent baisser car elles représentent désormais une charge trop importante pour nos structures.

Sur le plan national, il est urgent de travailler à une harmonisation européenne des taux horaires pour le travail. Les entreprises françaises doivent retrouver de la compétitivité pour investir et créer de l’emploi. Les gouvernants devraient inciter l’entrepreneur à entreprendre. Par exemple, il n’y a pas de raison de surtaxer les dividendes des gérants majoritaire de SARL.

Quel est le sentiment des PME sur le problème de la crise financière internationale ?

Le sentiment des PME est que, désormais, il s’agit plus d’une crise structurelle liée aux charges fiscales et règlementaires que d’une crise purement conjoncturelle.

Les pouvoirs institutionnels écoutent-ils assez les PME à l’échelle nationale ? Dans le Vaucluse ?

Pour nous accompagner, les élus doivent nous comprendre et s’inspirer des bons aspects des méthodes entrepreneuriales. Nous devons définir ensemble des objectifs identifiables au service des administrés. Compte tenu du fait qu’un demandeur d’emploi a un coût pour la collectivité, nous devrions développer des dispositifs permettant une embauche à taux zéro (de charges sociales) à raison d’un salarié par TPE-PME par exemple. Pour accroitre en efficacité, les collectivités territoriales doivent jouer sur le levier de la compétitivité et non sur le levier fiscal. Enfin, nous appelons les élus à venir découvrir les enjeux des entreprises, nos adhérents étant mobilisés pour leur faire découvrir « in situ » leur quotidien d’entrepreneur.

Que pensez-vous du commerce de proximité et du rôle social qu’apporte le commerce de proximité en centre-ville ?

Le commerce de proximité, c’est avant tout trois choses : le maintien du lien social dans nos villes et nos villages, une réserve d’emplois substantielle et un panel d’activités non délocalisables. Pour le soutenir, nous devons trouver un équilibre économique dans notre département et favoriser des solutions d’accès et de stationnement efficaces, puis améliorer nos réponses sur les questions de sécurité et de propreté.

Entretien avec Yannick Mazette, Artisan Boulanger à Monteux et 1er Vice-président de l’Union Professionnelle Artisanale de Vaucluse (UPA 84)

 

Yannick Mazette, 1er Vice-président de l’UPA de Vaucluse

Yannick Mazette, pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours personnel et professionnel ?

« Ancien « Conti » à Clairoix dans l’Oise je suis issu de l’industrie mais fils d’ouvriers en boulangerie. A 14 ans je voulais être pâtissier. Quelques années plus tard, en 1992, j’ai réalisé mon souhait à travers le rachat de la Boulangerie-Pâtisserie de mon oncle à Monteux. J’ai dû alors passer tous les diplômes et brevets nécessaires !

J’ai ensuite quitté Monteux en 2007. Mon entreprise était passée de 3 salariés en 1992 à 24 en 2007 avec deux points de vente sur l’Isle sur la Sorgue.

J’ai appris deux choses essentielles à travers cette expérience. D’une part que l’artisanat est une source d’accomplissement personnel. On peut véritablement se découvrir dans l’artisanat. D’autre part, qu’un artisan peut aussi devenir un chef d’entreprise à part entière avec les contraintes et les enjeux qui vont avec. »

Quelle est la situation socio-économique de l’artisanat vauclusien ?

« Depuis et à l’issue du premier trimestre 2012, la conjoncture n’a cessé de se dégrader dans l’artisanat et le commerce de proximité. Les 15 000 entreprises artisanales et commerces de proximité de notre département sont tributaires d’un climat général des affaires très dégradé. Les carnets de commandes des artisans du bâtiment s’amenuisent et les difficultés de trésorerie s’aggravent. Un tiers de nos professionnels constate une détérioration de leur situation financière. »

Quelles solutions sont proposées par l’Union Professionnelle Artisanale pour redynamiser l’artisanat en Vaucluse et sur le territoire national ?

L’artisanat et le commerce de proximité sont structurellement en sous-effectif. Ce sont des secteurs qui créent de l’emploi, même durant les périodes difficiles. Nous devons travailler en priorité sur la formation initiale et continue. L’apprentissage doit devenir un vecteur fort pour améliorer l’attractivité de l’artisanat et du commerce de proximité.

La formation professionnelle continue est également un levier majeur d’attractivité. Adapter les compétences et les savoirs faire nourrit le dynamisme des entreprises de main d’œuvre.

Une réflexion doit aussi être menée sur le statut de l’auto entrepreneur, générateur de concurrence déloyale. Nous ne sommes pas contre la philosophie de l’auto-entreprenariat mais bien contre la distorsion de concurrence qu’elle induit. Par ailleurs nous travaillons quotidiennement avec les acteurs du territoire comme la Banque de France et le Tribunal de Commerce, et nos partenaires, afin d’aider les entreprises à se développer et à traverser les moments difficiles. »

Comment les pouvoirs publics pourraient mieux prendre en compte le rôle de l’artisan dans la cité ?

« Dans le Vaucluse, les entreprises artisanales créent de l’activité en tous points du territoire, forment plus de 3000 apprentis chaque année et embauchent 45 000 actifs. De plus, l’artisanat représente une part substantielle de notre économie avec un chiffre d’affaires annuel de plus de 3 milliards d’euros et ne se délocalise pas ! Les pouvoirs publics doivent tenir compte de la première entreprise de France dans la mise en œuvre des politiques publiques. Il en va de la vie de nos territoires.

Un dernier mot ?

« L’artisanat entreprend, innove et offre un service de qualité et de proximité. Nous devons, à notre niveau, contribuer à maintenir l’économie de proximité, promouvoir nos métiers et nos savoir-faire. Toute notre action doit y être consacrée. Nous appelons l’ensemble des artisans à se mobiliser à nos côtés pour défendre et garantir l’avenir de l’artisanat vauclusien. »

Annie Palon : «Nous attendons une véritable écoute»

Sous l’égide de la Médicale de France Avignon, nous avons invité Annie Palon, Présidente du Syndicat des Pharmaciens de Vaucluse à nous présenter les enjeux des Pharmaciens sur le territoire Départemental.

Annie Palon, Présidente du Syndicat des Pharmaciens 84


Annie Palon, vous êtes la Présidente du Syndicat des Pharmaciens de Vaucluse. Pourquoi êtes-vous devenue Pharmacienne ?

Ce sont les études les plus complètes qu’il existe. Est venue ensuite la découverte d’un métier de contact : la formation permanente aux nouvelles pratiques en fait une profession toujours en mouvement.

La marge des pharmaciens par rapport au prix de vente des médicaments est aujourd’hui un vrai problème. Comment améliorer la situation actuelle ?

Nous avons assisté à une baisse des prix drastique compte tenu des réformes induites par les lois 2011, 2012 et 2013 de financement de la sécurité sociale. La baisse des volumes vendus, en conséquence, impacte l’économie de l’officine de plein fouet et contribue à la lente dégradation du métier. C’est pour cela que nous militons pour la mise en place rapide d’une rémunération de l’acte pharmaceutique pour les missions du pharmacien, en complément de la marge actuelle qui est seulement liée au prix de la boite de médicament. Ce transfert est d’ailleurs prévu par la convention qui nous lie avec l’assurance maladie, et il est actuellement en cours de négociation. Ce changement sera vital pour l’économie du secteur pharmaceutique. Nous devons veiller à la rémunération de l’acte pharmaceutique, en tant qu’acte intellectuel dans la mesure où la vente de médicaments ne permet plus toujours une rémunération suffisante en l’état actuel des choses.

Quels sont les risques de la vente de médicaments par internet ?

Le premier danger majeur est l’introduction de la contrefaçon, qui est inexistante aujourd’hui dans la filière du médicament telle qu’elle est organisée mais qui ne peut être que forcément majoritaire dans les secteurs « libéralisés », comme la vente en ligne où la traçabilité des producteurs est loin d’être assurée. La sécurisation des sites et l’identification des médicaments constituent une réelle inquiétude de la profession.

Que pensez-vous des pharmacies low-cost ?

La valorisation du diplôme de Docteur en pharmacie a d’autres voies que le discount pour s’exprimer. Notre Croix-Verte a toujours représenté un gage de sérieux, réputation acquise par le travail traditionnel de tous les pharmaciens. Certains veulent récupérer cette image aux seules fins mercantiles, que ce soit les opportunistes ou certaines enseignes de grandes surfaces.

Que devient le pharmacien indépendant ? Quel est le devenir de votre métier ?

Le patient a toujours eu toute notre attention à travers la délivrance des médicaments. L’avenir de notre métier est d’aller au-delà – en accompagnant le patient, en l’aidant à rendre son traitement plus efficace par une bonne compréhension des traitements (une meilleure observance par exemple), et en participant à l’amélioration de la prévention. Notre rôle essentiel est d’organiser le soin et la thérapie après la prescription médicale, autrement dit d’être un maillon essentiel dans la pratique de la guérison.

Comment faire survivre les pharmacies rurales ?

Le départ du médecin de campagne (en retraite par exemple) sans qu’il ait de successeur condamne aussi la pharmacie mais souvent le village ou le quartier. Nous attendons de tous les intervenants (pouvoirs publics, élus…) une vigilance sur ce sujet du « désert pharmaceutique », conséquence logique du désert médical, et surtout une réflexion valable sur les «  fausses bonnes idées » comme le regroupement des professionnels de santé en un lieu présenté comme bassin de vie. Il ne faut pas oublier que le maillage actuel est issu d’autorisations d’installations des pharmacies réglementées, qui assurent la proximité attendue des populations. Il revient aux mêmes autorités et institutions d’être les garantes de ce service et d’accompagner la survie des pharmacies. Les solutions sont encore à inventer mais les enjeux sont majeurs pour le tissu rural. Sur ce sujet, mais aussi sur tout ce qui concerne la pharmacie, nous devons renforcer notre collaboration avec les élus et les collectivités territoriales. Le pharmacien doit être un régulateur. Il est souvent le premier recours et a un véritable rôle social, surtout en milieu rural.

Quelle est la responsabilité du pharmacien ?

La responsabilité pharmaceutique, comme toutes les responsabilités professionnelles, évolue par la multiplication des recours et la complexification des exercices professionnels. Il faut en tenir compte et améliorer la compétence de nos membres en ce qui concerne les droits médical et pharmaceutique.

Que pensez-vous de la politique de l’Union européenne en matière pharmaceutique ? Le numérus clausus est-il une bonne idée ou une « fausse bonne idée » ?

En termes de santé publique, il existe un principe de subsidiarité pour chaque Etat face à l’Union européenne. Il n’en demeure pas moins que la mise en conformité avec cette Europe nous pose souvent problème. Nous avons souvent une exigence de santé publique supérieure à l’UE, par exemple à propos de la vente par correspondance ou d’internet, ou du niveau de diplôme (voir la tentative d’installation du centre universitaire de Fernando Pessoa). Le numérus clausus n’est pas une protection corporatiste mais bien l’assurance que le diplôme de pharmacien répond au besoin de la population : il faut constamment augmenter la qualité et le mérite des futurs docteurs en pharmacie.

Qu’attendez-vous du ministère de la santé ou des mutuelles ?

Du ministre, nous attendons avant tout une véritable écoute des attentes de la profession. Beaucoup trop de questions sont en attente de réponse, les négociations trainent et les décrets ne sont pas édictés ou se font attendre. C’est vrai que notre sens des responsabilités et notre nombre fait que nous avons du mal à nous faire entendre par des moyens spectaculaires mais nos revendications sont bien là… Alors Mme la Ministre, entendez-nous ! Le ministère doit veiller à une bonne lisibilité sur les conditions d’exercice et de rémunération du pharmacien. Pour les mutuelles, nous avons l’habitude de travailler en partenariat. L’avenir de leur évolution actuelle, dans le paysage de la prise en charge des soins, nous conduira à des liens renforcés.

Un mot sur la relation Médecin-Pharmacien-Infirmière ?

Médecins, Pharmaciens, Infirmiers et autres professionnels de santé libéraux intervenons tous autour du patient : c’est là notre point commun. Notre coordination est inévitable et elle deviendra obligatoirement de plus en plus efficiente.

Que pensez-vous des médicaments génériques ?

Le médicament, qu’il soit original ou générique, subit les mêmes attentions dans la chaine de la fabrication jusqu’à la délivrance. Le risque existe de toute façon avec le médicament en tant que tel, qu’il soit original ou générique. Ceci justifie les six ans d’études nécessaires à un diplôme de pharmacien centré sur le médicament. Il est évident que le médicament générique ne doit son existence qu’à des raisons économiques. Il est bien une affaire économique au sens premier du terme. Mais ne sommes nous pas complètement tous dépendants de l’économie actuelle ? Le taux de pénétration des médicaments génériques est très inférieur à celui des autres pays (qui ne sont pas plus mal soignés que nous). L’assurance maladie est vigilante pour l’acception des médicaments génériques par les patients et est obligée d’agir par des moyens d’incitation ou de coercition, ou les deux vis-à-vis des patients et des professionnels de santé. Le pharmacien n’échappe pas à ces actions. Nous exerçons tous les jours un rôle pédagogique envers nos patients. La délivrance du médicament générique au patient par le pharmacien est obligatoire aujourd’hui, avec bien sûr le respect des cas médicaux particuliers et notamment les cas où c’est la molécule originale qui doit être utilisée.

 

Propos recueillis par la rédaction