DOSSIER SPÉCIAL : Se déplacer dans le 84

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Transports et éco-mobilité dans le Vaucluse…

   Un aéroport, une gare TGV, plusieurs réseaux de bus, une arlésienne (la LEO), un serpent de mer (le tramway du Grand Avignon), un port fluvial, le Rhône comme flux économique, les fameuses virgules TER… Voici un rapide portrait de notre département qui compte aussi 70 km d’autoroute A7 et près de 2000 km de routes nationales et départementales. Il se greffe à cela une préoccupation d’ensemble : l’écologie et la propreté des transports.
Dans ce contexte, nous avons invité des acteurs politiques et du monde de l’entreprise pour qu’ils nous expliquent les pouvoirs dont ils disposent, mais aussi leurs attentes (vis à-vis de l’Etat ou des autres institutions). Sans projet d’ensemble, notre département souffre d’une difficulté de liaison entre les différents pôles attractifs du territoire. Et la zone de chalandise du Grand Avignon, entre Gard et Bouches-du-Rhône, devient alors une zone embouteillée qui ne peut remplir son rôle naturel d’impulsion économique…

 

Entretien avec Claude Haut
« Il faut défendre le Vaucluse »

Le président du Conseil général de Vaucluse est aussi sénateur. Sa double casquette lui permet d’avoir un regard à la fois national et local sur la situation globale des déplacements urbains et ruraux.

 CH

Au niveau du Vaucluse dans son ensemble, que pensez-vous de l’état des transports (LEO ? Gare TGV, réseaux de bus…) ?

Concernant les transports publics, depuis la refonte en 2008 de notre réseau départemental TransVaucluse, nous nous sommes particulièrement investis pour ce qui est des dessertes comme pour la qualité du service rendu. En 2011, nous avons simplifié et rendu plus attractive la grille tarifaire. Depuis, les études menées, montrent l’augmentation conséquente de fréquentation non-scolaire. Nous sommes donc dans la bonne direction. Je n’oublie pas les transports ferroviaires, puisque nous sommes impliqués sur la réalisation de la ligne Avignon/ Carpentras, comme nous l’avons été sur la « Virgule » Avignon TGV/Centre-ville. En termes de réalisations routières, le Département a connu une forte actualité en 2014, avec plusieurs chantiers d’envergure : Pont de l’Europe à Avignon ; Pont de Pertuis ; déviations de Carpentras, de Cadenet-Villelaure ; carrefour des Vignères sur l’axe très emprunté de la RD 900 reliant Avignon aux Alpes de Haute Provence, pour ne citer que les plus importants. Le dossier de la LEO est toujours suivi attentivement au niveau du Département.

Pour la déviation de Carpentras, par exemple, il s’agit autant de fluidifier le trafic que de faciliter l’accès aux zones économiques.

Dans les quatre coins du Département, quelles sont les améliorations possibles ?

Pour le Conseil général, en charge à la fois des équipements routiers et du réseau de transports publics interurbains, toute l’ambition est de réussir à mailler le territoire de façon équilibrée, autour de ses cantons urbains comme dans les zones les plus rurales. A la fois comme un service public rendu à tous les Vauclusiens, mais aussi dans une optique de développement économique ou d’aménagement du territoire. Concernant le réseau de bus TransVaucluse, nous cherchons à promouvoir l’abonnement, comme une alternative au « tout voiture » notamment sur les trajets maison/travail. Le covoiturage est aussi encouragé. Quand nous réalisons la double déviation de Carpentras, par exemple, il s’agit autant de fluidifier le trafic en centre ville que de faciliter l’accès aux zones économiques. Avec plus de 62 millions d’euros par an, nous travaillons sur l’entretien et la sécurisation des voies existantes – sur 2 400 kms de routes départementales ! – et sur de nouveaux équipements, par exemple le deuxième pont sur la Durance à Cavaillon. D’autres chantiers sont au stade de l’étude ou de la recherche de financements, comme la déviation d’Orange.

Avez-vous des projets novateurs en matière de transports ?

Les avancées sont nombreuses (et en lien avec notre Agenda 21) : réfections des chaussées selon des techniques plus respectueuses de l’environnement, moins ou pas de produits phytosanitaires pour l’entretien des bas côtés, réalisation de gares multimodales permettant de développer les modes de transports plus doux, utilisation sur les cars TransVaucluse d’un additif spécial réduisant les émissions polluantes. Je n’oublie pas non plus l’aménagement de véloroutes ou voies vertes…

 

Jean-Marc Roubaud :
« Vers un parking de covoiturage »

Ancien député, Jean-Marc Roubaud est président du Grand Avignon et maire de Villeneuve-lès-Avignon.

 JMR

Au niveau du Grand Avignon, que pensez vous de l’état des transports (LEO, Gare TGV, réseaux de bus…) ?

Dans un contexte de développement croissant de l’aire urbaine d’Avignon (16ème aire urbaine de France avec plus de 500 000 habitants), qui engendre des besoins de mobilité en constante croissance, il me paraît nécessaire de rétablir l’équilibre entre la part dédiée à la voiture et celle dédiée aux transports en commun. Le Grand Avignon s’y emploie comme en témoignent la restructuration complète de notre réseau de bus en 2012, un service de transport à la demande dans les zones les moins denses et la mise en place de nouveaux modes alternatifs écologiques (Cityzen, Vélopop, Baladine). Nous devons agir sur tous les modes afin de préserver notre qualité de vie et prendre en compte l’enjeu environnemental. Dans cette perspective, nous participons également au financement de la ligne ferroviaire Avignon- Carpentras, à la Virgule entre la gare TGV et la gare centre, et l’élaboration de notre Plan de Déplacements Urbains (PDU) se poursuit. Enfin, le projet de TCSP, quels que soient ses contours, constituera un formidable levier de développement économique pour notre territoire et constitue une véritable épine dorsale du système de transport. C’est une priorité.

Où en est le projet de tramway ?

Le montage initial prévoyait en 2010 un coût global de 250 M€ HT (200 M€ HT hors subvention) pour un projet comportant 2 lignes de TRAM pour 14,4 KMS de tracé et le redéploiement du réseau bus. La conjoncture économique et financière s’est récemment fortement dégradée ce qui nous impose de revoir le projet. Le désengagement de l’Etat vis-à-vis des collectivités va coûter 15 M€ à l’agglomération d’ici 2017. L’incertitude de la subvention de l’Etat de 30 M€ et l’absence de participation de la Région et des Conseils Généraux nous imposent la prudence. Par ailleurs, la réforme des Conseils Généraux et des Régions laissent planer beaucoup de doutes. C’est pourquoi il a été établi que nous pouvons désormais affecter 130 M€ HT hors subvention au projet. Je rappelle également que les maires d’Avignon et du Pontet sont opposés au projet TRAM. Compte tenu de ces différents paramètres, nous avons décidé d’engager une étude comparative BHNS/TRAM avec un cabinet indépendant dont les résultats devront être rendus d’ici la fin de l’année. Ce n’est qu’à l’issue de cette étude que nous arrêterons une décision définitive. Les 130 M€ investis sur le mandat seront créateurs de richesses et d’emplois pour la bonne santé de l’économie du Grand Avignon.

Notre espoir est que la LEO a été retenue dans le cadre de l’élaboration du Contrat de Plan Etat Région 2014 / 2020, sur le volet accessibilité multimodale et contournement des centres anciens.

Sur le sujet emblématique de la LEO, quel est l’état du projet et le calendrier d’actions final ?

Suite au rapport de la commission mobilité 21 remis au gouvernement en juin 2013, le projet LEO a été classé parmi les secondes priorités devant être engagées entre 2030 et 2050. En clair, le projet est renvoyé aux calendes grecques ce qui n’est pas acceptable. C’est pourquoi, nous avions, avec Cécile Helle, Maire d’Avignon, sollicité le secrétaire d’Etat alors chargé des transports, Frédéric Cuvillier, pour que soit réexaminée cette décision. Le projet LEO présente un intérêt majeur pour notre agglomération, victime de la congestion routière. La LEO permettrait une diminution de 50% du trafic actuel en transit sur la rocade sud d’Avignon. Je vous rappelle que près de 50 000 véhicules circulent par jour dans ce secteur. La LEO permettrait également de désenclaver la zone de Courtine, où se situe la gare TGV, qui présente un formidable potentiel de développement économique. Du point de vue du cadre de vie également, le projet LEO présente des améliorations considérables puisque les études montrent que 16 000 riverains de la rocade Sud sont actuellement exposés à un air de mauvaise qualité. Cette situation ne peut attendre 2030. Notre espoir est que la LEO a été retenue dans le cadre de l’élaboration du Contrat de Plan Etat Région 2014 / 2020, sur le volet accessibilité multimodale et contournement des centres anciens. Nous demandons donc à l’Etat de poursuivre ce projet en mettant en correspondance le calendrier de réalisation de la LEO avec celui du futur CPER. Ce projet structurant est une impérieuse nécessité pour le développement de notre agglomération et la qualité de vie des habitants. C’est un dossier routier certes, mais aussi environnemental et social.

Quelles sont les prochaines étapes en matière d’écomobilité ?

En matière d’éco-mobilité, le développement du covoiturage me paraît essentiel. C’est pourquoi le Grand Avignon soutient activement le dispositif d’Azimut Provence, une plateforme de covoiturage portée et animée par les groupements d’entreprises du bassin d’activités. 53 000 salariés sont actuellement concernés par ce dispositif dont plus de 80% sur le territoire du Grand Avignon. Le site internet dédié à cette plateforme devrait être opérationnel à la rentrée. Dans la même veine, le Grand Avignon s’est associé à Vinci Autoroute pour créer à l’horizon 2016 un parking de covoiturage au niveau de l’échangeur Avignon Sud. Le Grand Avignon soutient également l’association Citiz, anciennement Avignon Autopartage, avec déjà 7 véhicules disponibles sur Avignon. Évidemment, je pense également au futur projet de TCSP, et ce quel que soit le mode retenu. Nous avons d’ores et déjà commencé les premiers travaux par la reconfiguration du parking relais de l’île Piot, qui sera suivi à la rentrée par le parking de Saint Chamand. Enfin, le Grand Avignon devra certainement se positionner dans le cadre de son PDU sur les grands itinéraires cyclables tel que « la ViaRhôna ». Ce sont en effet de formidables outils de développement touristique.

François Mariani
« Nous avons des atouts majeurs »

François Mariani est président de la CCI de Vaucluse…

 FM

Au niveau du Grand Avignon, que pensez-vous de l’état des transports (LEO, Gare TGV, réseaux de bus…) ?

Au préalable, en matière de transports, il nous faut raisonner sur un plan global des transports dans le cadre d’un aménagement du territoire concerté et visionnaire. Nous ne pouvons travailler à la petite semaine. Une expression me vient malheureusement à l’esprit concernant les transports de l’Aire avignonnaise : les occasions ratées. Elle a manqué un premier tournant il y a plus de 15 ans en ne réalisant pas les 3 tranches de la LEO d’une seule traite. La crise économique est ensuite passée par là et l’achèvement de cette liaison est maintenant remis à 2020, voire 2025. Néanmoins, le projet est encore vivant, accompagné par l’Etat et son achèvement s’avère indispensable ! Concernant le tramway, malgré la réalisation des études et un lancement des travaux en 2013, la nouvelle collectivité locale l’aurait remis en question. Une DUP, valable 2 ans, bientôt caduque et encore du temps perdu : cela fragilise le projet ! Le problème du financement ne pouvait être un argument bloquant. Le tram demeure un outil majeur de l’aménagement du territoire et le rend plus qualitatif, les exemples sont nombreux (Montpellier, Dijon, Besançon…). Nous pensons que les élus devraient avoir une ambition forte pour ce projet majeur qui desservirait l’Aire avignonnaise et ses 500 000 habitants. On pourrait avoir un tracé évolutif et des travaux par phasage afin d’étaler dans le temps le coût de réalisation. Il pourrait ne pas se faire. Nous voudrions seulement rappeler que la taxe sur les transports communautaires a été portée au niveau du plafond autorisé et ce sont près de 10 millions d’€ collectés par an qui devaient financer ce projet. En cas de non réalisation, que deviendront-ils ? Les entrepreneurs s’interrogent. Ne pas réaliser le projet du tramway serait pour nous une erreur funeste.

Quelles sont les actions de la CCI en matière de transports ?

Dans les transports vauclusiens qui doivent irriguer notre territoire – car un territoire n’est attractif que s’il est accessible – nous avons des atouts majeurs à développer. D’abord avec le transport fluvial : tourisme, marchandise, agrégats, containers en cohérence avec le futur pôle multimodal de Courtine. Un port de commerce s’impose sur les quais CNR et ses 60 hectares. Il existe aussi un projet dédié au nautisme et à la plaisance sur l’Ile Piot, porté par un entrepreneur audacieux : nous, on applaudit ! En tant qu’acteur du domaine des transports, nous gérons deux équipements : le Port fluvial du Pontet, où passent chaque année plus de 200 000 tonnes de granulats et de céréales, avec un bel avenir. Et l’Aéroport d’Avignon- Provence. Ce dernier prend véritablement son « envol » cette année, avec la mise en place de 6 nouvelles lignes, dont une vers Amsterdam qui ouvre Avignon sur le monde entier avec cette connexion à l’un des 5 grands hubs européens. Par ailleurs, l’aviation d’entreprise ne cesse de se développer au sein de notre aéroport, avec notamment l’installation de la société Ailes de Provence. Le tout dans un respect total de l’environnement et des écosystèmes. La CCI est ainsi à l’origine de la création de l’association Azimut, au sein d’Agroparc, qui est lancée en septembre 2014, avec un ancrage dans les différents bassins d’activités du Grand Vaucluse et une approche spécifique par pôle d’activité. Son objectif est d’inciter à la pratique du covoiturage. Pour nous, cela s’appelle la modernité.

Entretien avec Bernard Vergier
« La LEO est indispensable »

Président de la CGPME de Vaucluse, Bernard Vergier dispose aussi de responsabilités régionales dans la représentation de l’entreprise. Point de vue d’un entrepreneur…

 BV

Au niveau du Grand Avignon, que pensez-vous de l’état des transports (LEO, Gare TGV, réseaux de bus…) ?

Les réseaux de transport (bus) du Grand Avignon sont trop encombrants et rarement utilisés dans leur pleine capacité. La gare TGV est un outil efficace qu’il faut continuer à exploiter. Par contre, la LEO et sa deuxième section doivent impérativement voir le jour pour désengorger le trafic de véhicules. La LEO est une continuité indispensable pour notre environnement.

Le tramway peut apparaître comme un projet structurant pour notre territoire, mais son tracé est à revoir…

Le projet de tramway vous satisfait-il et quelles modifications y apporteriez-vous ?

Le tramway peut apparaître comme un projet structurant pour notre territoire. Cependant, le tracé est à revoir. Les zones comme l’hôpital d’Avignon et Agroparc doivent être desservies.

Le transport est-il un élément essentiel pour les petits et moyens entrepreneurs ?

Oui bien sûr, tant au niveau de l’activité économique que des services de transport utilisés par les collaborateurs de nos TPE et PME.