Municipales à Avignon : 4 candidats répondent à Quartier d’Affaires

art24
   Première ville de Vaucluse, l’ancienne Cité des papes a une réputation mondiale, un pont mythique et un ancrage identitaire fort… Avec les municipales des 23 et 30 mars 2014, ce sont aussi des programmes économiques qui vont s’affronter et pas seulement des personnalités politiques. QA a voulu en savoir plus et a interrogé les quatre principaux candidats sur leurs orientations économiques.

C’est la candidate PS Cécile Helle, ancienne plus jeune député de France quand elle était la suppléante d’Elisabeth Guigou, qui va être la future maire d’Avignon. Du moins si on en croit le sondage Ifop-Fiducial réalisé mi-janvier, qui donne la viceprésidente PS du conseil régional gagnante au second tour avec 44% des voix (hypothèse d’une triangulaire avec l’UMP et le RBM) ou 33% (hypothèse – peu probable – du maintien du Front de gauche). Quant au premier tour, la liste PS-EELV d’Helle se positionne là aussi en pôle position avec 28% face à l’UMP-UDI Bernard Chaussegros et à Philippe Lottiaux pour le RBM, tous deux à 24%.

Bien sûr, rien n’est joué et on connait le caractère instable des prédictions électorales. Mais on peut tirer au moins une conclusion de ce sondage, en plus du constat de l’évolution sociologique de la ville qui n’a jamais semblé aussi marquée par le lent effondrement de la classe moyenne et l’apparition d’une société avignonnaise à deux vitesses (l’évolution du corps électoral, la question du communautarisme ou les difficultés du vivre-ensemble sont des thématiques qui pèseront sur le vote comme elles pèsent sur les programmes). Cette conclusion, c’est que les attentes des électeurs ne changent pas. Les besoins en logements sociaux, la peur de l’insécurité grandissante dans certains quartiers, la rupture du lien entre les élus et leurs administrés, voilà les causes principales du vote.Et, paradoxalement, de l’abstention puisque près d’un électeur sur deux considère qu’il n’obtiendra pas de réponse par les urnes.

Dans la situation compliquée que nous vivons au niveau national, sur les plans économique et social, il est clair qu’Avignon ne fait pas figure d’exception. Les maux du local ne sont que les reliefs des carences nationales, fortement accentuées depuis une vingtaine d’années. L’essentiel est donc de privilégier la voie de l’action et d’écouter les responsables politiques qui doivent crédibiliser toujours davantage leurs discours par des actes concrets, ceux qui sont – il faut bien le dire – au-delà de la droite et de la gauche car les bonnes décisions territoriales sont issues du bon sens plutôt que d’un parti.

La rédaction

André Castelli

Entretien avec André Castelli

   André Castelli est conseiller général et élu d’opposition à la ville. Son ambition est de donner son relief véritable à la puissance publique, qui doit se saisir réellement des débats de société. Et notamment du premier d’entre eux : la place accordée à l’autre et le fait social. Rencontre avec l’outsider qui peut changer la donne…

 Pouvez-vous résumer les grandes étapes de votre parcours personnel et professionnel ? 

J’ai effectué toute ma carrière professionnelle en qualité d’infirmier au Centre Hospitalier de Montfavet. J’ai exercé très vite de nombreuses responsabilités syndicales et associatives dans l’établissement ainsi qu’au niveau départemental. Elu en 1998, réélu depuis, Conseiller général du Canton d’Avignon Est, je suis actuellement Vice-Président du Conseil Général et Conseiller municipal d’Avignon.

Le point de départ de mon engagement politique est la conviction et la volonté de lutter contre les inégalités, par cette volonté de transformation sociale qui guide ma conscience de ce que devrait être le monde, plus juste, humain, solidaire et fraternel.

Comment voyez-vous la situation économique de la ville ? Ses atouts et ses failles ?

Tout d’abord, la situation économique de la ville dépend avant tout du contexte national, européen et mondial ainsi que des politiques menées par les états et les instances internationales. Je crois en la volonté et en la capacité des politiques et des acteurs économiques de changer  les choses à condition que l’intérêt général prime sur l’addition des intérêts individuels. Ainsi, la  situation économique de la ville doit s’appréhender en lien avec la situation sociale. Or, celle-ci au regard des derniers chiffres du chômage sur le département et notre agglomération est très inquiétante. Je dirai donc que la situation de la ville est contrastée, faite de réussites mais aussi d’échecs dont pâtissent les avignonnais. Je suis convaincu que la ville à de nombreux atouts : sa situation géographique, ses moyens de transports, ses filières économiques d’excellences comme l’agro-alimentaire par exemple, son climat sans oublier bien sûr le cadre de vie, la dimension culturelle, le patrimoine et l’attrait international d’Avignon. Enfin et j’aurai pu commencer par cela, le niveau des compétences des salariés en général et les outils de formation présents et qui ne demandent qu’à être développés. Ses failles ; l’insuffisance de réflexion collective avec la ville, cette dernière devant retrouver une gouvernance publique, un rôle accru en partenariat avec l’ensemble des partenaires. La situation géographique privilégiée de l’agglomération doit favoriser les activités logistiques tout en favorisant aussi le développement des activités industrielles. Je pense également qu’un travail particulier doit être fait auprès des salariés peu ou pas qualifiés.

Quelles sont vos grandes ambitions pour Avignon en matière d’économie et d’emploi ?

Cela est de la compétence de l’intercommunalité. En son sein, la ville devra agir pour  privilégier un développement économique écologiquement responsable :

–          Requalifier l’ensemble des zones d’activités sur son territoire : aménagement voirie, signalétique, faire un bilan du foncier disponible dans ces zones ;

–          Anticiper les besoins fonciers nécessaires pour les activités économiques notamment industrielles ;

–          Soutenir et développer les pôles de compétitivités majeurs : Terralia, Pegase ;

–          Développer l’ensemble des moyens de transports : Fer, fluvial et route. En ce sens, je suis pour la construction d’une nouvelle LEO et la construction du Tram dont le tracé devra être réexaminé ;

–          Construction d’un port de conteneurs comme cela était prévu dans la convention entre la région et la CNR en Courtine. Je suis favorable au développement du Port du Pontet et déplore le désengagement de l’état pour l’aménagement du port ;

–          Développer le secteur de l’environnement, de l’eau et des énergies renouvelables. Création d’un Pôle de coopération du bâtiment durable. Développer les activités de circuits courts et les activités agricoles péri-urbaines ;

–          Soutenir les activités culturelles et touristiques facteurs de création d’emplois. Oui à la « FabriquA Numérique » et son ambition européenne pour la formation et l’emploi ;

–          Instauration d’un moratoire de 5 ans pour l’installation de nouvelles GMS afin de soutenir le commerce de proximité.

S’agissant de création d’emploi par l’implantation de nouvelles entreprises et le développement des structures existantes je tiens à dire que la politique de l’emploi relève avant tout de l’Etat. Je ne crois pas à des ilots paradisiaques en ce domaine. Pour autant, les élus ont un rôle important à jouer au niveau de la COGA notamment. Je suis pour un renforcement des coopérations avec la CCI et les représentants des pôles d’activité. L’accent devra être mis sur l’accueil des entreprises, le contact avec les chefs d’entreprises est très important. Enfin, j’insiste sur la nécessité d’avoir des services publics de qualité indispensables à la venue de nouvelles entreprises.

Que ferez-vous pour la fiscalité locale et notamment la Contribution Foncière des entreprises, et la taxe transport, prélevés par la Communauté d’Agglomération ?

Je plaide pour la maitrise de la fiscalité locale, y compris celle des entreprises. Opposé en son temps à la suppression de la TP, je rappelle que le Senat estime que le « manque à gagner pour les collectivités » est de 5 milliards par an en partie compensé par l’état. Je rappelle également que la CET a renforcé les inégalités entre entreprises au détriment des plus petites. Je suis pour le maintien de la taxe transport nécessaire au développement des transports collectifs dont profitent aussi les entreprises. Je suis pour une mise à plat de la fiscalité et des aides financières publiques versées aux entreprises.

Pour favoriser l’activité économique, le manque de foncier disponible ainsi que de locaux professionnels est un frein souvent évoqué par les entrepreneurs. Que comptez-vous faire en la matière ?

C’est un problème sérieux pour la ville l’intercommunalité. Peut-on maitriser le foncier si on le confie aux puissances financières ? Non, là aussi la puissance publique doit reprendre la main. Je lancerai une modification d’ampleur du PLU si besoin.

En guise de dernier mot nous nous attacherons à développer une grande politique publique pour la jeunesse (école, culture, sport)  mais aussi et surtout formation, emploi et développement de l’alternance. Nous réorganiserons la vie démocratique de la commune à travers de nouveaux conseils de quartiers et l’instauration de budgets participatifs. Nous réviserons les plans transports et déplacements habitats et logements. Nous municipaliserons les services de la restauration scolaire et la gestion de l’eau. 

La rédaction

Bernard Chaussegros

Entretien avec Bernard Chaussegros

   Rencontre avec Bernard Chaussegros, le candidat UMP investi après un scénario compliqué pour la droite avignonnaise. Vice-président d’Euromédia, homme d’affaires et président de l’ACA, Bernard Chaussegros ne manque pas de dynamisme et de volonté pour hisser la ville au niveau supérieur, quitte à la gérer comme une entreprise ce qui fait grincer des dents à gauche.

Pouvez-vous résumer les grandes étapes de votre parcours personnel et professionnel ?

Comme beaucoup de vos lecteurs, je suis un chef d’entreprise né dans le Vaucluse qui a fait tout son parcours dans le privé. Je suis expert-comptable et Economiste des Arts et Métiers de formation.

J’ai quitté ma fonction à la tête du groupe leader de la prestation audiovisuelle Euro Média France (1 500 permanents et 4 000 intermittents) en août 2013 afin de me consacrer entièrement à mon projet pour cette ville.

Mon engagement pour Avignon, c’est celui d’un homme nouveau en politique qui souhaite apporter des idées et des solutions innovantes et audacieuses, celui d’un meneur habitué à gérer des situations complexes et celui d’un citoyen passionnément amoureux de sa ville.

Comment voyez-vous la situation économique de la ville ? Ses atouts et ses failles ?

La crise est à Avignon comme partout, c’est pourquoi nous devons nous battre ensemble pour relancer l’emploi, favoriser le développement de nos entreprises et créer de la valeur sur notre territoire.

Vous pouvez compter sur moi pour renforcer l’attractivité d’Avignon, situé à un carrefour régional, national et européen et relié aux pays de la méditerranée. Je miserai sur nos atouts, notamment la culture et le patrimoine, grâce à l’organisation de nouveaux événements dans la ville intra et extramuros. Je placerai de manière générale l’économie culturelle au cœur du renouveau économique de notre ville.

Pour mener à bien mon projet pour Avignon, je vais dégager des marges de manœuvre financières pour l’action municipale, à commencer par un audit dans les services de la Ville afin de rationaliser certaines dépenses. Si nous voulons être efficaces, nous devons nous inspirer de ce qui fonctionne dans les entreprises pour progresser. Je réfléchi par exemple au recrutement d’un contrôleur de gestion qui serait chargé d’analyser toutes les dépenses et le rapport coût/efficacité de chaque action.

Quelles sont vos grandes ambitions pour Avignon en matière d’économie et d’emploi ?

Je vais faire d’Avignon la ville préférée des entrepreneurs. Je veux qu’ils trouvent dans notre ville les conditions idéales pour réussir et créer des emplois :

–  nouvelles infrastructures nécessaires à leur développement (tramway, salles pour accueillir de grands événements…)

–  désenclavement des zones telles que la Courtine, poursuite de l’aménagement d’Agroparc,

–  création d’un fond d’investissement de proximité,

–  création d’un guichet unique pour faciliter toutes les démarches des entrepreneurs.

Je veux initier un cercle vertueux de création d’activité.

Je développerai le tourisme culturel grâce à l’organisation de grands événements toute l’année ce qui dynamisera l’activité de nos commerces, nos hôtels et nos restaurants. Je m’engage aussi à trouver de nouveau gisement d’emplois en favorisant notamment l’émergence des services à la personne. Enfin, je vais faire d’Avignon la ville des nouvelles technologies, un autre gisement de croissance et d’emplois dans les années à venir.

Que ferez-vous pour la fiscalité locale et notamment la Contribution Foncière des entreprises, et la taxe transport, prélevés par la Communauté d’Agglomération ?

Vous êtes bien placés pour le savoir, on paye déjà trop d’impôt en France, et la folie fiscale socialiste n’a rien arrangé. Il ne faut surtout pas que la ville et le Grand Avignon prennent le même chemin ! Je le répète, la fiscalité doit être attractive pour nos habitants et nos entreprises. Pour les habitants, je m’engage à ne pas augmenter les impôts lors de la prochaine mandature et surtout je m’engage à les baisser dès que notre situation financière le permettra, car en effet il y a aujourd’hui à Avignon un vrai problème sur le pouvoir d’achat. Lors du débat d’orientation budgétaire le 13 janvier dernier, le Grand Avignon a mis à l’ordre du jour la baisse de la CFE pour une partie des entreprises concernées par cette taxe. Je veux aller plus loin en défendant auprès du Grand Avignon la mise en place d’une CFE variable qui sera indexée sur la progression du chiffre d’affaire, ce qui rendra cet impôt plus juste pour l’ensemble des acteurs concernés.

Pour favoriser l’activité économique, le manque de foncier disponible ainsi que de locaux professionnels est un frein souvent évoqué par les entrepreneurs. Que comptez-vous faire en la matière ?

Vous avez raison le manque de foncier est un frein mais je pense qu’il s’agit aussi d’un problème lié au manque de visibilité de l’offre et au manque d’infrastructures pour mettre en valeur cette offre. Sur Agroparc par exemple il reste encore 50 hectares à aménager. Cette zone est devenue attractive et offre une mixité avec des entreprises, des pôles de recherche et d’éducation mais aussi la restauration nécessaire. Enfin, le projet du tramway, c’est aussi l’opportunité d’une implantation le long du tracé. Le Grand Avignon prévoit 600 à 800 millions d’euros d’investissement privés d’ici 20 ans, il va donc y avoir de quoi faire.

La rédaction

Cécile Helle

Entretien avec Cécile Helle

   L’ancienne plus jeune députée de France n’a jamais été aussi près du graal politique de la Cité des papes. Mais la route apparait encore semée d’embûches, notamment sur la question de l’union de la gauche au second tour, même si la situation actuelle de la droite est de nature à rassurer pour l’instant les socialistes.

Pouvez-vous résumer les grandes étapes de votre parcours personnel et professionnel ?

J’ai passé ma thèse de géographie en 1995 à l’Université d’Avignon pour devenir ensuite maître de conférences. L’un de mes thèmes de prédilection est l’aménagement du territoire et le développement territorial des villes et agglomérations. Après une période consacrée aux publications scientifiques, j’ai choisi de m’investir en politique. Suppléante d’Elisabeth Guigou, je deviens député de Vaucluse de 1997 à 2002 quand celle-ci est nommée Garde des Sceaux par Lionel Jospin. Plus jeune députée de France, je m’investis à partir de 2004 comme conseillère régionale de PACA dont je suis élue vice-présidente en 2010, déléguée à la culture et au patrimoine culturel. Je travaille beaucoup avec la commission Aménagement et développement des territoires et du massif. De 2001 à 2008 je suis conseillère municipale d’Avignon. J’ai donc été candidate à l’investiture pour Avignon, puis investie par les forces socialistes dans le but de gagner la ville en mars 2014.

Comment voyez-vous la situation économique de la ville ? Ses atouts et ses failles ?

Avignon a des atouts. D’abord, la ville dispose d’une position géographique particulièrement favorable à la croisée des deux régions méditerranéennes, et ouverte sur l’Europe avec un accès direct à l’Italie et l’Espagne. De plus, elle est connue dans le monde entier grâce à son statut d’ancienne cité papale et au festival international de Théâtre.

Mais nous avons aussi des difficultés. Notre compétitivité économique n’est pas assurée par le personnel politique sortant qui n’a pas su porter une véritable dynamique de développement. Le commerce de centre-ville, par exemple, a de sérieuses difficultés. Le maintien du commerce de proximité n’est pas assuré et provoque des effets en cascade comme la perte du lien social et l’augmentation de l’insécurité.

S’agissant des grands projets, à l’image du projet de Tramway, nous nous devons de faire une analyse plus sérieuse des besoins réels. Ce projet est tout à fait sous-dimensionné face aux enjeux. En lieu et place du Tramway, nous proposons un Bus à Haut Niveau de Services (BHNS) qui permettrait d’étendre le champ d’intervention du dispositif avec une ligne qui partirait du plateau des Angles jusqu’à l’aéroport d’Avignon, en empruntant une partie du tracé actuel autour des remparts puis au départ de deux parking relais sur l’aéroport et sur la base de celui existant déjà aux Angles.

La réussite du projet de BHNS à Metz, le projet METTIS, en est une parfaite illustration. Il s’agit d’une réalisation qui, visuellement, apporte la même dynamique que le tramway à qui il ressemble étrangement. Les véhicules rendent les mêmes services qu’un tramway mais sans la nécessité d’installer des lignes de rails ni le câblage obligatoire. De plus, avec ce projet, je fais aussi du réaménagement urbain et une réduction des émissions de CO² en choisissant des véhicules propres. Mais avec un coût d’au moins 30% inférieur ! La refonte de ce projet est indispensable si nous voulons conserver des marges de manœuvre financières dans une communauté d’agglomération déjà très endettée.

Quelles sont vos grandes ambitions pour Avignon en matière d’économie et d’emploi ?

Développer l’attractivité du territoire du Grand Avignon est une priorité. Comment ? En développant une stratégie de marketing territorial et une stratégie de marque en partenariat avec les différents acteurs comme l’office de tourisme, l’Université, l’agence de développement économique du Département, les chambres consulaires…

Nous devons ensuite développer les périmètres d’activité sur des métiers ciblés à l’image des clusters. A titre  d’exemple, nous pourrions créer des espaces d’accueil des artistes et des artisans afin de faciliter les synergies qu’induisent les regroupements productifs d’activité. L’économie culturelle et créative a la capacité de générer de nombreux emplois à travers des activités comme la restauration du patrimoine bâti et du patrimoine immatériel (tableaux, etc.). La valorisation du tourisme fait aussi partie de nos projets à travers le développement de l’offre qui se doit d’être plus attractive avec le développement du numérique et de l’imagerie. Nous souhaitons aussi conforter les filières existantes comme l’agroalimentaire (PEIFL) et l’aéronautique (Pôle PEGASE).

Nous pensons que de nombreuses réserves d’emploi sont aussi à exploiter dans la niche du service à la personne, vecteur de dynamique en termes d’emploi dans nos quartiers. Dans cette optique, Avignon doit montrer l’exemple en utilisant des centaines d’emplois en puissance qui se trouvent dans nos cités. Enfin, il est urgent d’adopter une stratégie économique et de développement qui devra impliquer un changement de méthode. Nous souhaitons accompagner et associer les dirigeants d’entreprise et les différents acteurs dans cette démarche car les territoires qui réussissent sont ceux qui créent du consensus entre tous les acteurs. Le conseil de développement doit aussi être consulté pour les grands enjeux.

Que ferez-vous pour la fiscalité locale et notamment la Contribution Foncière des entreprises, et la taxe transport, prélevés par la Communauté d’Agglomération ?

Pour la CFE, il me semble bon de rappeler qu’en 2010 le Grand Avignon a voté le 5eme taux le plus élevé de France, ce qui n’est pas rien ! Fiscalité qui a été particulièrement alourdie l’année dernière par le doublement de la base minimale pour les entreprises ayant un CA supérieur à 100 000 euros : cette décision a fragilisé nombre d’entreprises pour qui l’année 2013 avait déjà été compliquée. C’est la raison pour laquelle si je suis élue Maire d’Avignon, je proposerai le retour à la situation antérieure afin de redonner de l’air aux TPE et PME du Grand Avignon. La taxe transport est quant à elle passée de 0,8 à 1,8%, ce qui semble non justifié. Il faut mesurer l’impact de la fiscalité et les risques qu’une augmentation ne génère une baisse du trafic.

Pour favoriser l’activité économique, le manque de foncier disponible ainsi que de locaux professionnels est un frein souvent évoqué par les entrepreneurs. Que comptez-vous faire en la matière ?

Nous devons être offensifs sur la libération du foncier disponible mais aussi veiller à l’attractivité de nos zones d’activité avec des éléments essentiels comme la desserte, des prix attractifs et les réseaux numériques. Pour cela, nous devons utiliser les outils à notre disposition comme l’aménageur Citadis qui dispose d’une véritable expertise. La construction du Pôle Pégase est un exemple à reproduire. Au demeurant, il semble indispensable de créer un guichet unique afin de faire se rencontrer efficacement l’offre et la demande. Par ailleurs, il ne faut pas déserter le soutien aux commerces de proximité. C’est pour cela que j’ai proposé de faire de nos places et de nos quartiers de véritables villages urbains avec des équipements adaptés et une sécurité renforcée sur l’ensemble de notre territoire (coordination entre services et vidéosurveillance, médiation urbaine). Nous devons aussi rendre inadmissibles les nuisances sonores et visuelles. Voilà quelques pistes de réflexion !

 La rédaction

 

Philippe Lottiaux

Entretien avec Philippe Lottiaux

   Rencontre avec Philippe Lottiaux, candidat du Rassemblement Bleu Marine (RBM) à Avignon. Issu des institutions officielles, énarque, ancien Directeur général des services à la mairie de Levallois, administrateur à la ville de Paris, le candidat incarne la nouvelle image du Front national. On verra quelle place lui accorderont les avignonnais.

Pouvez-vous résumer les grandes étapes de votre parcours personnel et professionnel ?

J’ai aujourd’hui 47 ans. Je suis marié et j’ai2 enfants. Je suis passé par Sciences Po Paris puis par un troisième cycle de sociologie des organisations. Après ma scolarité à l’ENA de 1989 à 1991 j’ai été nommé administrateur de la ville de Paris alors que Jacques Chirac était maire. J’ai été chef du Service de la jeunesse puis ai effectué ma mobilité au Ministère chargé de la coopération. J’ai ensuite été pendant 2 ans conseiller de coopération en Ambassade puis suis revenu à la mairie de Paris comme conseiller technique au Secrétariat général puis directeur de cabinet du Secrétaire général. Pour poursuivre cette expérience de gestion territoriale, je suis devenu directeur général des services à la mairie de Levallois-Perret, de 2001 à 2011. J’ai également construit une expérience de chef d’entreprise dans le conseil aux collectivités territoriales et ai ensuite réintégré la mairie de Paris pour travailler sur les problématiques immobilières.

Aujourd’hui, je fais le constat de l’échec politique de la gauche comme de l’UMP et j’ai donc souhaité rejoindre le Rassemblement Bleu Marine et mettre mes connaissances du fonctionnement d’une ville au service d’Avignon, raison pour laquelle je me suis porté candidat aux élections municipales.

Comment voyez-vous la situation économique de la ville ? Ses atouts et ses failles ?

Avignon est symbolique de la France. Nous avons des atouts extraordinaires, notamment une localisation géographique stratégique, un patrimoine exceptionnel et une histoire riche. Pourtant, de nombreux Avignonnais ne sont pas heureux dans leur ville, comme les Français dans leurs pays. Il y a une forte pauvreté et un taux de chômage important. Il y a un vrai problème d’insécurité et de lien social dans de nombreux quartiers, avec des phénomènes de communautarisme inquiétants.

Sur le plan économique, nous devrions pouvoir attirer davantage d’entreprises pour créer de l’emploi : nous avons du foncier disponible, et des infrastructures de  transport. La compétence « développement économique » est certes à l’Agglo, mais le Maire peut et doit aussi agir. C’est son rôle. A Avignon, trois directions majeures sont à suivre :

– sur le plan touristique, secteur qui représente directement ou indirectement 1/6 des emplois d’Avignon, la Ville pâtit de son image en termes de sécurité. Beaucoup de touristes viennent la journée à Avignon mais n’y dorment pas. Nous perdons une ressource importante, notamment auprès de la clientèle étrangère. Il y a un vrai travail à mener sur l’image (sécurité, propreté,…), ainsi que sur la valorisation du patrimoine pour allonger la durée des séjours.

– sur la formation et l’emploi, il faut à mon sens mieux mettre en rapport l’offre et la demande. Il y a 60 000 emplois sur la Ville, dont seuls 20 000 sont occupés par des Avignonnais, alors que nous avons près de 10 000 chômeurs. Il y a un vrai travail de prospective et d’anticipation à mener.

– sur le plan économique, il faut renforcer l’écoute du monde de l’entreprise. Il ne faut pas de grandes mesures vagues et généralistes mais une action au cas par cas, car chaque situation d’entreprise est unique. Il y a des choses qui marchent bien, comme Agroparc. Il faudrait renforcer l’impulsion politique pour diffuser ce modèle dans toute l’agglomération. D’autant que nous avons encore des zones à développer, comme la Courtine.

Quelles sont vos grandes ambitions pour Avignon en matière d’économie et d’emploi ?

Pour permettre la création d’emplois, nous devons en premier lieu créer les conditions propices au développement économique. Cela passe tout d’abord par un renforcement de l’attractivité d’Avignon. Une ville sûre, propre, offrant de bonnes conditions de circulation, développant des services pour les enfants, est forcément plus attractive. Nous devons aussi développer des relations personnalisées avec chaque entreprise, faire du « sur mesure » pour les entreprises souhaitant s’implanter ou se développer sur Avignon. Certaines auront un problème de foncier, d’autres de recrutement, d’autres encore de contacts avec des sous-traitants. Il y a bien sûr des structures, mais le Maire a un rôle d’ « ensemblier » de tout cela.

Ensuite, il nous faut développer Avignon en nous appuyant sur nos points forts, en encourageant le tourisme d’affaires, le tourisme fluvial et en mettant un accent particulier sur les métiers d’art et de bouche. Je propose de mettre en place un pôle d’excellence en ces domaines, qui renforcera encore le rayonnement de la ville.

Nous devrons aussi mettre l’accent sur la redynamisation du commerce de proximité, qui souffre aujourd’hui d’une désaffection du centre-ville, d’une disparition progressive dans certains quartiers, de la concurrence des grandes surfaces et enfin de charges énormes. Je souhaite notamment étendre le périmètre de sauvegarde pour garantir la diversité commerciale, faciliter la vie des commerçants (sécurité, propreté, stationnement, terrasses, respect de la réglementation…) et agir pour l’indispensable redynamisation de l’intra-muros. Il y va de la survie d’Avignon.

S’agissant du projet de tramway, nous ne sommes pas contre a priori mais ce n’était pas la priorité. Néanmoins, il nous faut être réaliste et il semble difficile de revenir sur le projet. Nous devons donc agir sur les tracés. Je ne vois pas l’utilité d’un passage dans l’intra-muros ni le long des remparts et jusqu’au Pontet. En revanche, je ne comprends pas pourquoi le centre hospitalier, premier employeur de la Ville, n’est pas desservi. Et surtout, qu’Agroparc soit oublié alors que ce sont les entreprises qui financent le projet avec le versement transport ! J’agirai auprès de la COGA pour que l’on revoie les tracés en ce sens.

En tant que maire, je m’attacherai à renforcer la consultation des habitants sur les grands projets qui nous engagent. Je consulterai les Avignonnais sur le tramway, et sur d’autres projets impactants. Je crois qu’il faut vraiment rétablir la confiance en le politique, confiance de la population mais aussi des entreprises, indispensable pour obtenir des résultats en matière d’emploi et de développement économique.

Pour finir, je rappellerai qu’Avignon dispose actuellement d’un budget de fonctionnement de 160 millions d’euros. Avec une gestion optimisée, nous disposerons d’une marge de manœuvre de l’ordre de 5% que je souhaite redéployer vers nos priorités : la sécurité, la propreté et l’attractivité de notre territoire. Mon projet pour Avignon est de créer les conditions d’un sursaut économique. Il faut s’appuyer à la fois sur les entrepreneurs et sur les besoins de la population. Une fois les « fondamentaux » rétablis, et nos points forts mieux valorisés, il faudra aussi travailler pour faire réellement d’Avignon un laboratoire de l’innovation. Développer des technologies de qualité deviendra une plus-value pour notre Ville.

Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas de faire des déclarations de campagne mais de mettre en œuvre des actions concrètes, efficaces et de bon sens pour valoriser le territoire et ses acteurs.

Que ferez-vous pour la fiscalité locale, notamment la Contribution Foncière des entreprises et la taxe transport, prélevées par la Communauté d’Agglomération ?

Mon engagement sur la Ville est clair : utiliser une partie des gains de gestion pour baisser la fiscalité sur les ménages, tout en compensant la baisse des dotations de l’Etat. Je souhaite évidemment disposer d’une majorité à la COGA pour qu’il en soit de même pour les entreprises. Pour ce faire, il nous faut réduire les dépenses et augmenter les recettes, grâce à une activité économique accrue, afin d’engager un cercle vertueux au niveau local. Et il est clair que la commune centre doit donner l’exemple.

La rédaction