Entretien avec Claude HAUT « Un enjeu : soutenir les PME »

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Président du Conseil général de Vaucluse, sénateur et ancien Maire de Vaison-la Romaine, Claude Haut répond à nos questions. Il est bien placé pour cela puisque le département dispose aussi de compétences économiques qu’il doit savoir mettre en œuvre, notamment par rapport à ses attributions sociales…

Quartier d’Affaires Avignon/Vaucluse : Mr le Président, pouvez-vous nous préciser votre parcours personnel, professionnel et politique ?

Claude Haut : J’ai grandi au pied du Mont Ventoux, et des dentelles de Montmirail à Beaumes de Venise. J’ai ensuite entamé une carrière dans la fonction publique territoriale, avec l’envie de m’impliquer aux côtés de mes concitoyens. J’ai donc successivement occupé les postes de responsable administratif à Gigondas, Vaison-la-Romaine, puis dans divers syndicats départementaux.

En 1992, j’ai succédé à Yves Meffre à la Mairie de Vaison-la-Romaine, juste avant les grandes inondations qui ont frappé la ville en septembre et dont tout le monde se souvient. Ce drame a aussi été un évènement marquant pour moi : après la catastrophe, c’est grâce à la conjugaison de notre action « politique » et du formidable élan de solidarité des Vaisonnais que nous avons pu reconstruire la ville, lui redonner l’attractivité et le dynamisme qu’elle mérite.

J’ai aujourd’hui deux mandats, avec deux ancrages différents mais complémentaires : un mandat national, puisqu’élu sénateur de Vaucluse en 1995, je siège à Paris depuis lors, actuellement secrétaire de la commission des finances. Et d’autre part, un ancrage départemental, puisque je suis depuis 2001 Président du Conseil général de Vaucluse au nom de la majorité départementale de gauche. Avec toujours la même volonté qu’à mes débuts, celle d’apporter des solutions concrètes, justes et efficaces à mes concitoyens.

QA : Le Conseil général est un acteur incontournable dans le monde des collectivités territoriales. Mais certains pensent qu’il pourrait disparaître comme l’ont suggéré certaines propositions de réformes. Qu’en pensez-vous ?

CH : La majorité actuelle a voté ce qu’elle a appelé une réforme territoriale qui, entre autres mesures veut créer le conseiller territorial, élu siégeant à la fois à la Région et Département, actant ainsi une sorte de fusion Conseil régional / conseil général. Depuis plusieurs années, d’ailleurs, l’Etat a entamé ce travail : en mettant à mal l’autonomie financière des Départements (par la suppression de la taxe professionnelle et des transferts de charges non ou mal compensés), c’est l’ensemble de l’édifice qu’on cherche à ébranler. Plutôt qu’une réforme, j’y vois surtout une formidable régression. L’anniversaire, en 2012, des 30 ans des grandes lois de décentralisation de 1982 est aussi l’occasion de rappeler l’importance de la démocratie de proximité. Vous avez raison de dire que le Conseil général est aujourd’hui un acteur incontournable. Du fait de cette proximité, et donc de la connaissance que nous avons du terrain et de ses enjeux, nous sommes un interlocuteur privilégié pour tous ceux qui agissent au quotidien sur le territoire. Aux compétences obligatoires du Conseil général (action sociale, routes, collèges…), nous avons fait le choix d’ajouter des interventions dans le domaine économique, culturel ou encore environnemental… tout simplement parce que les besoins étaient réels et que l’échelon départemental est pertinent sur ces points. Bref, il me semble que le projet de réforme territoriale relève plus d’un choix politicien à court terme. C’est aller contre l’Histoire, et surtout contre l’efficacité que nous recherchons tous.

QA : Comment va s’articuler l’action du Conseil général de Vaucluse avec les nouvelles intercommunalités vauclusiennes à partir de 2013-2014 ?

CH : Aujourd’hui, le Conseil général est au cœur de l’évolution de nos communes. Tous les ans, sur le principe de la contractualisation, ce sont 45 millions d’euros qui sont apportés aux 151 communes du Vaucluse pour les aider à financer leurs équipements publics : voirie communale, crèche, collèges, équipements sportifs… Nous travaillons tout aussi activement avec les intercommunalités actuelles, par exemple sur les schémas de cohérence territoriale (SCOT) et sur l’aménagement des zones d’activité. Je suis par contre incapable de répondre à votre question, qui porte sur l’avenir : quelle action articuler, alors même que d’une part nous ne connaissons pas encore le périmètre de ces nouvelles intercommunalités dont vous parlez, et que d’autre part, comme je vous le disais, nul ne sait ce que sera le Conseil général dans 3 ans ?

QA : Que pensez-vous du SDCI proposé par le préfet et du rôle central que prendrait la future communauté d’agglomération Avignon-Sorgues-Orange ?

CH : Nous avons voté, dès l’an dernier, une motion appelant au respect de la notion de bassin de vie si la carte intercommunale devait être redessinée. Pour nous, ce redécoupage doit bien évidemment se fonder sur la logique territoriale, l’intérêt des communes concernées et de leurs habitants. Sinon, et on le voit bien aujourd’hui, le projet aura bien du mal à voir le jour, en l’absence de consensus.

QA : Quels sont les grands enjeux économiques du Vaucluse dans les années qui viennent ?

CH :  Nous avions organisé voici plus de trois ans des rencontres décentralisées de l’économie, pour échanger directement, sur le terrain, avec les forces vives du département. De ces débats souvent riches, nous avons retiré cinq principaux enjeux : le soutien aux TPE / PME, l’attractivité du foncier en Vaucluse, le rôle des collectivités locales dans l’accompagnement des mutations économiques, l’indispensable dialogue entre les acteurs socio-économiques, la création, transmission et reprise d’entreprise. A partir de là, nous avons formulé des axes de travail que nous mettons en œuvre dans la politique économique du Conseil général. Globalement, face aux difficultés économiques que nous connaissons tous, il s’agit d’aider à consolider les secteurs en proie à des problématiques conjoncturelles tout en accompagnant les acteurs économiques dans leur recherche de nouvelles pistes de développement. L’emploi industriel est menacé – le récent exemple de la fermeture du site Continentale Nutrition le démontre encore malheureusement , l’agro-alimentaire, traditionnellement moteur pour le Vaucluse, reste un de nos atouts principaux.

Deux exemples, pour illustrer ce que peut être l’action du Conseil général de Vaucluse dans ce domaine : d’abord, l’aide financière que nous apportons aux PME pour la modernisation de leur appareil de production, souvent indispensable pour rester compétitif ; ensuite notre implication directe dans les différents Pôles Régionaux d’Innovation et de Développement Economique Solidaire qui contribuent à imaginer aujourd’hui ce que sera l’économie vauclusienne de demain.

QA : Les grands projets économiques ne manquent pas pour notre département. Quels sont ceux qui vous tiennent le plus à cœur ?

CH :  En tant que Président du Conseil général, mon objectif est d’aider à réunir les conditions pour que chaque Vauclusien trouve sur son territoire les conditions pour vivre et se réaliser. A commencer naturellement par un emploi. C’est pour cela que nous souhaitons nous impliquer dans tous les projets qui vont dans ce sens, en accompagnent les sociétés existantes, mais aussi en favorisant l’accueil de nouvelles entreprises, qu’il s’agisse de créations en Vaucluse ou d’implantation d’entreprises extérieures. De ce point de vue, je citerai le travail de l’Agence Vaucluse Développement, créé en 2002 par le Conseil général, chargé de promouvoir notre territoire et d’accompagner les projets d’implantation. Je veux également parler du travail que nous effectuons actuellement sur un dispositif de modernisation des zones d’activité du département pour offrir un foncier de qualité adapté aux besoins de nos entreprises. Enfin, nous avons récemment signé une délégation de service public qui va nous permettre de réaliser un réseau de communication à haut et très haut débit en Vaucluse. Toutes ces réalisations, nous les concevons comme des outils au service du développement des entreprises vauclusiennes. Avec en point de mire, encore une fois, le dynamisme de notre département, l’emploi des Vauclusiennes et des Vauclusiens.

Propos recueillis par la rédaction