Entretien avec Marie-Josée Roig : « Le Grand Avignon est en marche »

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Entretien avec Marie-Josée Roig : « Le Grand Avignon est en marche »

Marie-Josée Roig est député-maire d’Avignon et présidente de la Communauté d’agglomération du Grand Avignon qui rassemble 13 communes. Ancien Ministre, elle développe aujourd’hui de nombreux projets en lien avec son intercommunalité. Pour Avignon, l’enjeu central est le développement économique et le projet de tramway fait partie de cette perspective selon l’élue avignonnaise. Dans cette perspective, QA a voulu faire le point des projets réalisés et à venir à l’échelle de l’agglomération.

Quartier d’Affaires Avignon/Vaucluse : Pouvez-vous revenir sur votre parcours politique ?

Marie-Josée ROIG : Mon premier mandat a été celui d’adjointe déléguée à l’Action Culturelle de la Ville d’Avignon de 1983 à 1989 dans la municipalité RPR, puis conseillère municipale de l’opposition de 1989 à 1995. Par la suite, j’ai remporté le siège de député de la 1ère circonscription de 1993 à 1997 puis de 2002 à 2004 et enfin depuis 2007. Elue maire d’Avignon depuis 1995 et réélue en 2001 puis en 2008, je suis également présidente de la Communauté d’Agglomération du Grand Avignon depuis 2001. J’ai par ailleurs été élue au Conseil Régional PACA de 1998 à 2002. Enfin, j’ai été nommée ministre de la Famille et de l’Enfance d’avril à novembre 2004, puis ministre déléguée à l’Intérieur de novembre 2004 à mai 2005.

QA : Quels ont été vos grandes réalisations, en lien avec le monde
économique, pendant vos mandats ?

MJR : Le développement économique est l’une des compétences exclusives de la Communauté d’Agglomération du Grand Avignon que je préside depuis sa création et qui constitue aujourd’hui un échelon plus cohérent pour agir dans ce domaine que l’échelon communal.
Le projet de l’Agglomération dans le domaine du développement économique se décompose principalement en deux points : favoriser le développement et la diversification du tissu économique local et favoriser l’implantation des entreprises dans l’Agglomération avec le développement des zones d’activité économique.

S’agissant du développement des filières économiques, nous pouvons parler du soutien au 1er salon méditerranéen de la filière fruits et légumes (MIFFEL), de l’obtention de la labellisation « pôle de compétitivité » en Juillet 2005 pour notre pôle européen d’innovation fruits et légumes (PEIFL), véritable pôle d’excellence de la filière agroalimentaire de notre territoire. Le PEIFL doit faciliter la mise sur le marché de produits à plus forte valeur ajoutée et accroître ainsi la compétitivité de la filière agroalimentaire. Ainsi, entreprises, laboratoires, centres de recherche et universités peuvent désormais collaborer efficacement au service de la capacité d’innovation d’une filière à fort potentiel. De plus, le Grand Avignon s’implique dans la recherche et soutient les laboratoires qui jouent un rôle moteur dans le développement de la filière agroalimentaire (INRA, CTCPA..). Plus récemment, nous avons apporté un soutien financier au pôle aéronautique et spatial Pégase. Labellisé Pôle de Compétitivité  depuis 2007, le Pôle Pégase est un regroupement d’acteurs issus de la filière aéronautique et spatiale qui œuvre pour une industrie aéronautique forte au profit de nos territoires. Le Grand Avignon participe ainsi à la réalisation de la pépinière d’entreprises du pôle PEGASE, en cours de construction sur la zone aéroportuaire et qui doit permettre l’émergence d’une nouvelle filière économique à forte valeur ajoutée sur le territoire du Grand Avignon, avec une perspective à terme de création de 1000 emplois. Cette implantation sur l’aéroport d’Avignon est aujourd’hui possible parce que le Grand Avignon a investi, aux côtés de ses partenaires, plus de 2 millions d’euros au cours des dix dernières années dans cet équipement majeur pour le développement économique de notre territoire.

Enfin, le Grand Avignon investit des sommes considérables dans la création et l’aménagement de zones d’activités pour favoriser l’implantation des entreprises dans des secteurs parfaitement adaptés à l’activité économique et sur des terrains à des coûts accessibles. Ce sont par exemple Agroparc, Courtine, Fontcouverte, le MIN, les Balarucs à Caumont, ou même les zones artisanales comme les Pélitènes à Jonquerettes. Il s’agit en fait de mettre à leur disposition une offre foncière adaptée à leurs besoins, avec une bonne accessibilité et un cadre de vie attractif aux salariés (logements, structures d’accueil pour la petite enfance, etc). A titre d’exemple, sur la zone d’Agroparc, portée par le Grand Avignon, nous finançons l’aménagement de la zone, mais aussi son animation par le biais de l’association Agroparc. Nous avons financé la construction d’une pépinière d’entreprises, Créativa, qui vient tout juste d’être étendue, avec l’ouverture du bâtiment Pierre Thomas en Octobre 2010. En dix ans, le succès d’Agroparc est tel que cette zone accueille aujourd’hui 260entreprises, 6 organismes de recherche, 12 organismes de formation, 50 organisations socio-professionnelles et plus de 7400 personnes. Sa réussite repose sur cette symbiose exceptionnelle entre des entreprises, des laboratoires et des instituts de formation, pour une grande partie dédiés à la filière agro-alimentaire.

QA : Quels sont selon vous les grands enjeux économiques pour le Vaucluse
à court terme ?

MJR : Je crois qu’il faut surtout parier en termes de désenclavement et de développement. Comment imaginer le Vaucluse de demain sans la LEO et j’ai bon espoir que nous arrivions à boucler le financement de ce projet avec tous les partenaires concernés ? Comment penser l’avenir de notre territoire sans revenir aux producteurs locaux et leur donner les moyens d’une reconstruction de leurs secteurs ? Les fruits et légumes constituent l’essence du Vaucluse, donnons à leurs producteurs, et aux entreprises de transformation, les moyens de s’adapter à la compétition économique mondiale. Comment, par ailleurs, ne pas profiter de la plus-value culturelle de nos territoires ? Et sur ce dernier point, la création d’une grande agglomération autour d’Avignon et d’Orange est un atout de premier plan. De la même manière, cette agglomération, qui rassemblera Châteauneuf du Pape et les Côtes du Rhône, ainsi que les appellations qui figurent déjà sur notre territoire à Rochefort, Saze et Morières, nous donne l’opportunité de réfléchir à la mise en œuvre d’une véritable politique à destination du secteur de la viticulture, dont nous pourrions faire un axe économique fort du futur Grand Avignon.

Enfin, n’oublions pas que l’amélioration de l’accessibilité du territoire, des performances globales du système de transports publics et les effets positifs induits par la mobilité en général, engendrent dynamisation commerciale et compétitivité économique. C’est la raison pour laquelle le Grand Avignon porte ce projet de tramway qui va créer de l’activité économique, non seulement pendant, mais aussi après sa construction.

QA : Comment voyez-vous la Ville d’Avignon dans 10 ans ?

MJR : Dans 10 ans, nous aurons mené à bien plusieurs projets qui vont transformer la ville et l’agglomération. En premier lieu celui du tramway qui entraînera une requalification importante de l’espace urbain à l’horizon de 2016. Grâce au tramway, nous allons faire en 3 ans, ce qui nous aurait pris plus d’une décennie dans le cadre d’opérations déconnectées les unes des autres. Un investissement de 250 millions d’euros qui s’avère capital pour Avignon car il va renforcer le centre ancien en même temps qu’il va optimiser le développement de la périphérie. Il s’agit d’un projet d’agglomération, qui doit permettre à toutes les communes de bénéficier de l’ « effet tram », grâce au redéploiement de 90 % des kilomètres de bus économisés grâce au tramway, et à la mise en place pour les quartiers et communes à forts besoins en transports en commun et non desservis directement par le tramway, de lignes de bus à forte fréquence.

Pour rester dans le chapitre des transports, nous aurons également réalisé avec nos partenaires le projet de ligne  ferroviaire Avignon TGV – Avignon Centre qui permettra à l’ensemble de l’étoile ferroviaire avignonnaise d’accéder à notre gare TGV, en provenance d’Orange, Cavaillon… et bien entendu Carpentras, puisque nous allons rouvrir, dans le même temps, la ligne ferroviaire entre Avignon et Carpentras.

Je peux évoquer encore le technopôle économique d’Agroparc qui va poursuivre son développement en accueillant la Cité des Artisans, l’Institut de formation en soins infirmiers, l’Institut de formation en ostéopathie ainsi que la faculté des sciences.

Au chapitre urbain enfin, nous avons d’importants projets qui sont en voie de réalisation comme la métamorphose de la friche industrielle de la route de Montfavet en logements sociaux locatifs et en accession à la propriété ainsi qu’en résidences étudiante et seniors. Il y a aussi la construction d’un hôtel cinq étoiles du groupe Marriott à la place de l’ancienne prison Sainte-Anne. Et j’oubliais, le réaménagement des rues Carreterie, Carnot, Favard et Thiers dans le cadre de la mise en place d’un dispositif de navettes écologiques pour desservir l’intra-muros d’Avignon, et la suppression concomitante du passage des gros bus qui va redonner de l’air à notre centre-ville.

QA : Avez-vous des grands projets de grands établissements pour la Ville d’Avignon, du type Maison de l’Économie Grand Avignon ou installations culturelles ?

MJR : En ce qui concerne les installations culturelles, trois chantiers importants offrent des perspectives d’avenir et dessinent déjà les contours d’une même ambition culturelle pour les années qui viennent : la construction sur l’ancien site du collège Paul Giéra d’une grande salle de répétition, la Fabrique, mise à la disposition du festival d’Avignon; le transfert de l’école d’Art sur le même lieu ; l’extension de la Collection Lambert dans les locaux voisins actuellement occupés par l’Ecole d’art.

Les deux premiers projets sont parfaitement cohérents avec la volonté municipale d’associer les quartiers au développement culturel de la ville. Comment ne pas se réjouir de regrouper dans un même lieu l’art contemporain et le spectacle vivant, d’autant plus qu’une large consultation menée auprès des Avignonnais fait apparaître de fortes attentes dans ce domaine.

Quand on connaît l’importance de la culture pour le lien social, on ne peut que convenir de la nécessité d’irriguer les quartiers de la sève qui fait d’Avignon une exception culturelle dans le paysage français. La salle de répétition La Fabrique comptera 600 places et servira aussi bien à accueillir en résidence les artistes du festival qu’à recevoir des spectacles et le public, grâce à sa capacité et à un plateau aux dimensions de la cour d’Honneur du Palais des Papes.

Les travaux, d’un montant de 10 millions d’euros à parts égales Etat-Région-Département – Ville, commenceront au printemps 2012

En ce qui concerne l’école d’Art, elle va quitter l’hôtel de Montfaucon pour rejoindre le même site que la future salle de répétition. C’est une ère nouvelle qui s’ouvre pour l’école qui va pouvoir consolider son rayonnement culturel tout en affirmant son originalité parmi les autres écoles d’Art européennes.

Le troisième projet, l’extension de la Collection Lambert (de 2 000 à 5 500 mètres carrés), va lui permettre de disposer d’un espace supérieur pour y exposer les œuvres majeures de l’art contemporain dont Avignon est devenu, depuis l’installation de la Collection en l’an 2000, une place forte européenne. Je rappelle que, lors du forum d’Avignon en novembre, l’Etat a annoncé une aide de 8 millions d’euros à la Collection Lambert qui, de son côté et par la voix d’Yvon Lambert, s’est engagée à faire une donation à l’Etat qui assure ainsi la pérennité d’environ 450 œuvres à Avignon.

 

Propos recueillis par la rédaction