Entretien exclusif avec le Président de la CCI de Vaucluse

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   François Mariani, le Président de la CCI de Vaucluse, dresse un point global sur le travail réalisé par la Chambre Consulaire. Il revient pour Quartier d’Affaires sur les réalités économiques de notre Département, évoque les réussites, les échecs et les occasions manquées…
François Mariani, Président de la CCI 84

François Mariani, Président de la CCI 84

Jérémy Piallat : Que pensez-vous de la situation économique actuelle en Vaucluse ?

François Mariani : Il existe un gouffre entre les atouts de ce Département et les résultats économiques, notre image est surévaluée à l’extérieur et nous sommes clairement dans une situation de pauvreté. Nous avons manqué trop de rendez-vous.

Un indicateur m’inquiète particulièrement et il devrait tous nous préoccuper : De 2007 à aujourd’hui c’est 600 personnes qui, chaque année, quittent le Vaucluse et ce sont souvent des cadres et des actifs. Ainsi, si le Vaucluse conserve un même niveau de population, c’est grâce à un taux de natalité particulièrement élevé, pas parce qu’il est attractif. Cette perte d’attractivité s’explique en partie par un problème endémique : le taux de chômage plus élevé de 2,5 points par rapport à la moyenne nationale.

François Mariani : « Il y a urgence, nous appelons à la mobilisation de tous »

Un problème essentiel porte aussi sur le constat que nos actifs sont trop peu qualifiés : seulement 14% des actifs vauclusiens détiennent un diplôme universitaire.

Les conséquences voient vite le jour car nous sommes ainsi classés à la 7ème place des Départements où le taux de pauvreté est le plus élevé (20%) avec un foyer sur deux qui n’est pas imposable (et même quasiment 2 sur 3 à Avignon !). Le taux de chômage est de 28% chez les jeunes de moins de 26 ans. Notre PIB par habitant est l’un des plus faibles de France autour de 18000 € annuels.

Ecole hôtelière d'Avignon

Ecole hôtelière d’Avignon

JP : Le message est passé, il y a urgence. Mais alors quels verrous faire sauter et quels leviers activer ?

FM : L’aménagement du territoire est un levier essentiel à activer, il s’agit là de l’outil à privilégier car les possibilités sont immenses et les besoins sont nombreux. Une des clés pour créer de la croissance et de la richesse c’est l’accessibilité car l’accessibilité nous rend attractifs. Mais nous devons pouvoir compter sur les élus de notre Département pour faire avancer les dossiers dont certains trainent depuis plusieurs dizaines d’années.

En premier lieu nous devons évoquer la question des transports ou plutôt les nombreux dossiers liés aux transports et à l’accessibilité.

Sur le dossier du tramway que nous avons accompagné au départ, avec un budget de 250 millions d’euros et la possibilité de créer 3000 emplois directs, c’est une énorme déception car c’est devenu un projet politique et cela aurait du être un projet d’intérêt général. Même si nous ne pouvons pas reprocher son opinion à Cécile Helle, le Maire d’Avignon, qui s’est toujours prononcée contre le projet, je constate que le Tamway prend aujourd’hui le même chemin que la LEO en son temps avec une réalisation par étapes successives qui peuvent durer alors que nous n’avons plus le temps d’attendre. Le consensus en la matière est une hérésie en ce sens que le projet aurait du être achevé dans sa totalité. Car la seule ligne actuelle pose le problème de son intérêt et pose aussi un autre problème technique : Comment contourner la rocade alors que la circulation y est déjà saturée ?

Ensuite, sur le dossier de la LEO, le rachat des emprises foncières avance bien en vue de la réalisation de la seconde tranche et je pense qu’elle verra le jour. Mais il faudra très vite la 3ème tranche afin de respecter la cohérence initiale du projet et nous posons la question du partenariat Public-Privé dans un contexte de baisse des dotations de l’Etat aux collectivités locales. Ce sera un véritable rendez-vous manqué pour notre territoire si la LEO ne voit pas le jour dans sa globalité et nous devrons nous battre dans le cadre du contrat de plan Etat-Région. La mobilisation totale de tous les élus de notre Département est essentielle et nous comptons dessus.

L'Aéroport d'Avignon-Caumont

L’Aéroport d’Avignon-Caumont

Sur le projet du pôle multimodal de Courtine, là aussi, sans la réalisation de la LEO ce serait un rendez-vous manqué.

Ensuite, j’aimerais vous parler du fluvial que nous soutenons depuis le début. Nous avons d’ailleurs sauvé le port du Pontet avec un projet à 6 millions d’euros car le port a un véritable avenir dans le transport d’engrais par exemple. Et ce d’autant qu’il dispose de la capacité à s’étendre en périphérie sur le Pontet. Il est impératif de faire du Rhône une voie de circulation majeure car c’est un transport en site propre et non polluant, c’est aussi un extraordinaire gisement d’emplois. Autre observation, ce sont plus de 80 km de voies qui longent notre Département. Pourtant, nous n’accueillons de grandes péniches de croisière que sur le Quai de l’Oulle, dans des conditions d’accostage catastrophiques. Alors que cet apport touristique, et donc économique, est massif il est gâché. Nous pouvons faire des propositions en la matière et apporter notre contribution. J’aimerais entendre plus de voix dans le monde politique local pour soutenir un véritable projet en la matière.

Enfin, la question de l’aéroport est importante. Nous allons créer plus de 1000 emplois au Pôle PEGASE d’ici 2020.

Vous le voyez, les dossiers à faire avancer sont nombreux et tous ces points de blocage nous posent question.

Le Pôle Pégase

Le Pôle Pégase

JP : Nous avons bien compris le constat et vos propositions, pouvez-vous nous décliner les autres priorités pour la CCI ?

FM : Outre ce que nous avons évoqué précédemment nous avons pour vocation de soutenir les projets qui vont dans le sens du développement économique.

Prenons un exemple : le projet French Tech qui est en passe de devenir un véritable projet économique. Le numérique prend chaque jour une place importante dans notre espace économique. Dans ce domaine ce sont les rapides qui mangent les lents et la guerre des territoires est engagée donc soutenons fortement ce projet. French Tech Culture c’est une bonne nouvelle pour moi et pour le territoire.

JP : En Septembre 2014, le Ministre de l’économie annonçait devant les dirigeants des 150 chambres de commerce une baisse de vos ressources pour 2015, 2016 et 2017. Comment y faites-vous face et quelles missions restent prioritaires ?

FM : Pour faire un lien avec le projet évoqué dans la question précédente, nous comptons beaucoup sur le numérique afin de nous transformer. Le numérique permet de nombreuses possibilités parmi lesquelles l’opportunité d’entretenir une autre relation avec les usagers et aussi de rationnaliser les coûts.

S’agissant des missions de la CCI, il y en a trois principales : Le développement économique et l’accompagnement de l’entreprise et de l’entrepreneur, la formation et la gestion des équipements (Port et Aéroport).

Sur notre mission de formation, nous avons l’un des CFA les plus importants de PACA avec 3000 étudiants et élèves formés chaque année. Notre école hôtelière a acquis une véritable dimension internationale car nous mettons en place un partenariat en République dominicaine  et nous entretenons des relations étroites avec l’Algérie. Nous travaillons aussi avec la Roumanie, l’Angleterre, le Vietnam…

Notre pôle enseignement-formation c’est aussi Sup’Avignon Management avec le programme Kedge bachelor et l’école de comptabilité ainsi que le pôle Sud Formation Santé qui dispense des formations liées aux métiers de la santé comme le diplôme d’Etat de conseiller en économie sociale et solidaire, le BP préparateur en pharmacie, les BTS économie sociale et familiale et diététique, le bachelor diététicien-clinicien et de nombreux autres diplômes.

De plus, dans le cadre de notre projet « Campus 2020 » nous souhaitons étendre le site actuel de l’école hôtelière de 3 hectares à 10 hectares afin d’étoffer notre gamme de formation et améliorer l’adéquation entre notre offre en la matière et les besoins exprimés par les entreprises. Nous aimerions par exemple voir se créer la cité de l’alimentation méditerranéenne pour lier alimentation et santé et en faire une spécialisation originale dans le cadre de l’offre de formation de l’école hôtelière. Pour accompagner cette démarche nous mettons en place un comité scientifique composé de médecins, de chercheurs, de nutritionnistes afin de leur permettre d’apporter leur contribution à cet enseignement.

La brasserie Franck Gomez

La brasserie Franck Gomez

JP : Un mot sur le tourisme en Vaucluse. Pensez-vous qu’il est possible de créer une marque territoriale à l’image de ce qui est fait à Lyon ? Autre point, le temps de séjour des touristes en Vaucluse est très court, comment les faire rester plus sur place ?

FM : Sur la question de la marque territoriale c’est évident que nous devrions le faire et développer une stratégie forte de marketing territorial. Mais nous ne pourrons le faire qu’à l’échelle départementale et nous devrons réunir une véritable volonté politique de la part de tous les élus de notre Département. Ce ne sera pas facile mais l’enjeu en vaut la peine. Je me souviens d’un séjour au Québec  où mes interlocuteurs m’expliquaient qu’ils ne venaient pas en vacances dans notre Région sans réellement savoir quelle étaient les possibilités en matière touristique. Et quelle fut ma surprise quand je leur ai demandé ce qu’ils attendaient comme atouts pour faire le choix d’un territoire ou d’un autre : Le paysage, la gastronomie, la viticulture et les vins, la culture et le patrimoine ! Je crois que le moins que l’on puisse dire c’est que nous sommes en pointe sur tous ces domaines, mais, par manque de visibilité au national et à l’international, nous nous privons d’un flux important de touristes. Là aussi il est urgent d’agir à l’image de ce qui se fait à Lyon par exemple.

Sur la question du temps de séjour, il est évident que nous avons à travailler sur l’offre globale. Nous devrions aussi nous doter d’un Palais des congrès qui permettrait une hausse du tourisme d’affaires – à forte valeur ajoutée – et qui agirait aussi sur la notoriété de notre territoire.

JP : Un dernier mot ?

FM : Oui. Je tiens à rappeler aux chefs d’entreprise de Vaucluse que notre rôle essentiel de proximité nous permet de les aider et les accompagner pour toutes les questions liées à la vie de leur entreprise comme l’obtention d’un financement par exemple, le conseil sur l’accessibilité des commerces…