Les congés illimités chez Virgin

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   Après Netflix, le service de vidéo à la demande, Evernote, qui conçoit des applications pour les mobiles, et d’autres entreprises de la Silicon Valley, c’est au tour de Richard Branson, patron du groupe Virgin, d’expérimenter au Royaume Uni et aux Etats Unis les « congés illimités ».

Le milliardaire britannique souhaite que ses salariés prennent autant de jours de congés qu’ils veulent, sans avoir à en référer à leur supérieur. A condition, ajoute-t-il, qu’ils soient « assurés à 100% qu’ils sont, eux et leur équipe, à jour de leurs projets et que leur absence ne nuira pas à l’entreprise ».

Pour nous, qui ne savons toujours pas quoi penser de l’entreprise, ce projet a de quoi surprendre. Nous comprenons bien qu’il ne s’agit pas uniquement d’un acte philanthropique, mais nous pouvons aisément imaginer que c’est un bon moyen de stimuler les salariés en les rendant autonomes et heureux au travail, donc de maximiser la productivité. C’est aussi, pour les entreprises innovantes, qui ont les premières testé ce système, et qui misent avant tout sur l’intelligence, une façon autre que par le salaire, d’attirer les meilleurs talents. Il y a là matière à réflexion.

En France, où les rapports sociaux sont de l’ordre de la guérilla, les personnes « autorisées »  y voient surtout une ruse. En effet, qui osera prendre ces fameux congés à la carte sans craindre de perdre son emploi ? La possibilité de prendre des congés illimités se traduira inévitablement, pour les salariés, par moins de congés. De plus, pensent-ils, cette « flexibilité » aura pour contrepartie de faire tomber les barrières entre le travail et les loisirs, entre le professionnel et le privé. A cet égard, rappelons qu’en France, 40% des actifs n’ont pas attendu les congés illimités pour rester joignables et répondre par mails pendant leurs vacances.

Mais que nos esprits chagrins se rassurent, les salariés français de Virgin, ni les autres, n’auront ce choix à faire, car la législation française ne le permet pas. La relation au travail dans les pays anglo-saxons est basée sur la confiance mutuelle entre employés et employeurs, mais chez nous, Monsieur, il y a des règles ! Dont acte.

Là bas, il y a les congés illimités de Charles Branson et la proposition de Carlos Slim, magnat des télécoms mexicains, de réduire le nombre de jours de travail à trois par semaine (avec l’allongement des carrières en contrepartie), ici les solutions du Medef plus passéistes qu’imaginatives. La confiance versus la contrainte. D’un côté, on est entraîné vers l’innovation créatrice de richesses, de l’autre retenu dans les habitudes.

Il y a pourtant fort à parier que c’est dans un climat de confiance que les salariés pourront, si ce n’est s’épanouir, du moins prendre conscience de leur contribution à l’entreprise, redéfinir leur rapport au travail, s’organiser. C’est par ce chemin qu’ils pourront apprécier leur travail, participer pleinement par leur créativité et leurs compétences au développement de leurs entreprises, et finalement créer ensemble suffisamment de valeur pour ne avoir à craindre de perdre leur travail.