Les entreprises responsables de la chute des marges ?

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   Quand ils se lamentent sur la chute des marges de leurs entreprises, les patrons oublient souvent qu’ils en sont eux-mêmes responsables en grande partie. C’est un think tank de droite, « la Boite à Idées » qui se charge d’en faire la démonstration.

Pour ses experts, la hausse du coût du travail et les 35 heures sont loin d’être les seules responsables de la dégradation. Ils attribuent la baisse inexorable du taux de marge (un point par an en moyenne depuis 2008) qui plombe l’investissement des entreprises à trois facteurs principaux :

– le manque de flexibilité du marché du travail qui fait chuter la productivité,

– le coût élevé des biens et des services (conseil, télécoms, informatique,…) qui entrent dans le processus de fabrication,

– la part des salaires dans la valeur ajoutée qui a augmenté en même temps que celle des cotisations sociales.

Bien que le niveau élevé du Smic (62% du salaire médian contre 50% chez nos voisins) se répercute systématiquement sur les bas salaires à chacune de ses revalorisations, la politique salariale des entreprises est davantage mise en cause. L’évolution des salaires est d’abord imputable aux entreprises et à leurs dirigeants puisque c’est eux qui en décident librement, plutôt qu’aux cotisations sociales ou au Smic. Elle est d’ailleurs la plupart du temps établie sans lien avec la santé des entreprises. Selon une étude menée en 2010-2011, « 70% des entreprises de plus de 10 salariés n’avaient pas infléchi leur politique salariale malgré la crise ».

Pour renouer avec la rentabilité, la première mesure à mettre en œuvre consiste donc, pour les dirigeants, à être plus vigilants sur les salaires, … notamment les leurs, cela va sans dire. Le rapport du think tank préconise aussi certaines mesures désormais classiques comme la simplification et la dépénalisation du code du travail, la libéralisation des services et des professions réglementées, un allégement de 20% des impôts des entreprises .

D’autres recommandations plus originales viennent les compléter. Il s’agirait de laisser les régions libres de fixer elles-mêmes le niveau du SMIC dans la limite d’un plafond national, afin de mieux faire correspondre les salaires aux coûts de la vie en fonction des bassins d’emploi. Les disparités peuvent en effet être considérables entre deux points du territoire, en ce qui concerne le logement, les transports, l’alimentation ou les loisirs.

Dans un autre ordre d’idée, le rapport préconise la création au Maghreb d’une sorte d’ »Hinterland » à la française sur le modèle de ce que l’Allemagne a fait dans la Mittleuropa, l’espace naturel allemand (Hongrie, Tchéquie, Pologne), reconstitué après l’effondrement du communisme. Des usines modernes ont été implantées pour fabriquer des sous-ensembles, assemblés en Allemagne en produit fini, et vendu avec des services. Un exemple qui pourrait et devrait inspirer la France pour la Boite à Idées : « Le Made in France ne sera possible que si l’on accepte de délocaliser une partie des biens intermédiaires à faible valeur ajoutée pour conserver les segments clés ».