Logement, des mauvais chiffres qui font réfléchir

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   S’il y a actuellement 3,5 millions de mal-logés en France, le Vaucluse, au 9e rang des départements français par rapport au taux de pauvreté, n’est pas épargné avec 18,4 % de sa population concernée.

Aux difficultés financières des familles et des jeunes s’ajoutent des conditions de logements précaires. Bien que depuis 30 ans, la surface par personne et par logement s’accroît et le surpeuplement diminue, la crise du logement s’amplifie, le parc immobilier ancien se dégrade, et les dépenses courantes des ménages pour leur habitation explosent (+ 48 % entre 2000 et 2010).

Bon nombre de municipalités qui affichent haut leur sens de la solidarité pensent résoudre le problème par la prolifération des logements sociaux. C’est oublier un peu vite que la situation actuelle est une conséquence des erreurs des années 1970. Les programmes de construction massifs de logements aux architectures désastreuses des « trente glorieuses » sont encore aujourd’hui responsables d’urbanisations calamiteuses, des quartiers difficiles et de l’exclusion sociale de leurs habitants.

Les problèmes se posent en effet différemment en matière de logement pour ceux qui en sont dépourvus, ceux qui sont mal-logés, ceux qui paient trop par rapport à leurs revenus et ceux qui voudraient acheter mais n’en ont pas les moyens. Mais la question centrale reste toujours celle du prix.

Pour y répondre, les acteurs du secteur invoquent les difficultés qu’ils ont à construire à un coût abordable. Succession de nouvelles réglementations, recours de tiers abusifs, accumulation de normes de construction et toutes sortes de blocages font grimper les prix des logements à des niveaux trop élevés. De ce fait, le nombre de mises en chantier de logements s’écroule, de moins en moins de permis de construire sont accordés, rendant illusoire un renouvellement suffisant du parc immobilier résidentiel. Revers de la médaille, les professionnels du secteur ont de moins en moins de chantiers et n’embauchent plus.

Face à cette crise, l’urgence de réinventer l’habitat dans sa globalité devient impérative. L’objectif premier est de construire à des prix accessibles au plus grand nombre, afin que les familles et les jeunes ne soient pas obligés de quémander un logement qui ne leur sera accordé qu’au bon vouloir de politiques. Il faut les aider dans leur démarche d’acquisition, leur permettre de se lancer dans la construction avec l’aide de professionnels, les encourager à réaliser des projets de logements collectifs à plusieurs, rendre les gens responsables sans les étouffer dans la paperasserie et les réglementations pléthoriques.

Il est, d’autre part, aussi urgent de s’interroger sur les méthodes de construction actuelles. Renouveler l’urbanisme, construire autrement, innover, sont à l’ordre du jour. L’État a, pour sa part, décidé l’émergence d’écoquartiers, projets d’aménagement urbain respectant les principes du développement durable. Mais ces quartiers n’atteindront leurs buts qu’en devenant accessibles à tous, et pas seulement aux ménages les plus aisés.

Côté construction, bien que le béton soit, du fait de la puissance de ses industriels en France, largement majoritaire sur le marché du logement collectif, les acteurs du secteur se penchent vers de nouvelles méthodes. L’industrialisation du processus de construction est une de ces solutions positives aussi bien sur le plan économique qu’environnemental, de même que la préfabrication métallique. Autre matériau en vogue, le bois, utilisé surtout pour la construction de maisons individuelles, l’est encore trop peu pour les programmes de logements collectifs. La vraie innovation est de trouver l’équilibre entre la technique, l’économie et l’architecture. Dans ce cadre, la complémentarité des matériaux prend toute sa place.

La problématique actuelle du logement est quantitative, mais il n’empêche que les réponses doivent être pertinentes sur bien d’autres plans. Il revient aux politiques de mettre en place des solutions qui permettent à chacun d’accéder au logement qui lui convient et qu’il respectera, et aux professionnels de ne pas reproduire l’habitat inhumain et dévalorisé que l’on rencontre encore trop souvent, en mettant en place un urbanisme spécifique, réfléchi au cas par cas, seule garantie d’une ville harmonieuse.

Daniel Ollier