Maurice CHABERT : « Développer le Vaucluse est une priorité »

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Maire de Gordes depuis près de trente ans et président de l’Association des Plus beaux Villages de France, Maurice Chabert a été élu Président du Comité Départemental le 2 Avril dernier. Il exprime pour Quartier d’Affaires son point de vue d’élu et de Vauclusien sur l’avenir économique de notre territoire.

Maurice CHABERT : « Développer le Vaucluse est une priorité »

 

Maire de Gordes pendant 32 ans, Président de l’Association des Plus beaux Villages de France (156 communes classées), Maurice Chabert a été élu Président du Conseil Départemental le 2 Avril dernier. Il exprime pour Quartier d’Affaires son point de vue de Vauclusien sur l’avenir économique de notre territoire.

Quartier d’Affaires : Monsieur le Président, pouvez-vous nous résumer votre parcours personnel et politique ?

Maurice Chabert : Je suis né le 15 janvier 1944 à Gordes, dans une famille d’agriculteurs. Mon but a toujours été de rester dans ce pays du Luberon où j’ai mes racines. Au niveau des études, je me suis tourné vers les études scientifiques générales. Très vite, je me suis destiné à l’enseignement et me suis dirigé vers la Faculté des sciences d’Avignon… Ce fut d’ailleurs l’année de son ouverture. Je suivis ensuite une Maîtrise ès sciences à Marseille puis je passais dans la foulée mon CAPES de mathématiques. Je fus alors maître auxiliaire une fois de retour du service militaire, puis ma carrière de professeur se déroula dans plusieurs établissements comme Thiers à Avignon, Dauphin à Cavaillon, Diderot à Sorgues, et de Gaulle à Apt. Je ne regrette pas d’avoir fait ce métier mais je regrette ce qu’il est devenu à cause de l’agitation des classes, du manque de tenue intellectuelle des élèves et de l’esprit qui règne aujourd’hui dans une grosse partie du corps professoral.

Sur le plan politique, la première image qui me vient est celle de mon internat. Nous écoutions avec attention les conférences du général de Gaulle. J’ai toujours été gaulliste depuis cette époque. En 1968, au cours d’un voyage en Russie, je vis en Pologne les chars soviétiques qui allaient envahir la Tchécoslovaquie, et cela renforça mon engagement politique. Localement, j’ai d’abord été élu conseiller municipal en 1971 sur la liste de Justin Bonfils puis maire et conseiller général de Gordes pendant une trentaine d’années. Depuis 1983, j’ai toujours élu maire au premier tour en liste complète. Et je suis conseiller général depuis 1994, réélu depuis au chaque fois au 1er tour.

QA : Dans quelles structures départementales avez-vous œuvré ?

MC : En 1997, je suis devenu président du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS). En 1994, avec 1100 bénévoles, je fonde les Comités Communaux Feux de forêt (CCFF) dont je préside actuellement l’association. Je me suis aussi beaucoup investi dans diverses structures intercommunales en présidant le syndicat intercommunal d’Electrification de la région de Cavaillon, celui des Eaux de la région Durance-Ventoux et celui des Transports scolaires de Cavaillon. Et je me suis toujours intéressé aux carrières de la fonction publique et à leur bon déroulement avec le Centre de gestion 84.

QA : En tant que Maire, quelles sont vos principales réalisations contribuant au développement de votre bassin de vie ?

MC : En 1984, je réalise l’acquisition du Village des Bories dont l’exploitation par la municipalité en fait aujourd’hui la troisième destination touristique du Vaucluse, avec près de 100 000 visiteurs par an. En 1985, nous construisons une caserne de gendarmerie récemment réhabilitée, ce qui favorise le maintien des services publics comme ce fut le cas en 2007 avec l’inscription de nouvelles communes dans le giron de la trésorerie de Gordes (aménagée en 1997). Idem pour la construction d’une caserne de pompiers en 1989. Un an avant, en 1988, c’était un quartier entier que nous avons réhabilité, Fontaine Basse, un des lieux les plus charmants et inconnus à la fois de notre village ! En 2005-2006, nous restructurons l’ancien hôpital pour en faire l’Hôtel Simiane, qui abrite aujourd’hui la mairie, la bibliothèque, des salles de réunion et d’exposition, et un cabinet médical. En 2006, nous aménageons le Théâtre des Terrasses pour accueillir chaque année des comédiens, des artistes, des comiques populaires dans le cadre d’un des principaux festivals d’été du Luberon. En 2008, nous avons restauré le Temple des Gros et finalisé les jardins du parc municipal, etc.

QA : Au niveau national, vous vous êtes beaucoup investi dans la ruralité…

MC : Oui, j’ai succédé en 1996 à Charles Ceyrac, maire de Collonges-la-Rouge en Corrèze, le fondateur de l’Association des Plus Beaux Villages de France. Notre association compte actuellement 156 villages répartis dans 21 régions et 69 départements. Sur les 32 000 villages que comprend la France, nos « ilots » classés le sont toujours pour de bonnes raisons tenant au maintien d’un patrimoine historique et de plusieurs monuments classés, et à une série d’autres critères d’expertise. Notre but est d’éviter les écueils du village-musée sans âme ou à l’inverse ceux du « parc d’attraction » afin de réconcilier les villages avec l’avenir, redonner la vie autour de la fontaine ou sur la place ombragée, symboles des vies villageoises à la fois anciennes et modernes.

QA : Sur la situation économique du Vaucluse, quel diagnostic faites-vous ?

MC : Le problème du Vaucluse est que son territoire est réduit et, compte tenu qu’il a été créé après les autres départements, les villes importantes se trouvent donc à côté des Bouches-du-Rhône. Il y a donc toujours eu un risque de concurrence des territoires et, dans les faits, il s’est réalisé. Nous sommes restés très longtemps « rural » sans pouvoir réellement développer très fortement notre économie agro-alimentaire pour en faire un référent national aussi bien dans la création d’emplois, la vivification des villes, la cohésion des offres, le lien avec les autres secteurs économiques, le maintien et l’aide à l’agriculture locale méritante… C’est le problème fondamental du Vaucluse, dont l’activité fruitière et légumière constitue pourtant l’essence. Mais ce potentiel peut être aussi une chance, et nous allons le développer en ce sens.

QA : Quels sont selon vous les projets essentiels à mener à bien dans les années à venir pour la rénovation économique du département ?

MC : Il faut désenclaver le pays d’Apt (en construisant une route « deux fois deux voies » jusqu’à Bonpas et l’autoroute) et relier le Vaucluse au Gard grâce à la LEO (sur laquelle subsiste un retard considérable). Je crois qu’il ne faut pas sous-estimer de développer les « industries propres », en lien avec l’Espagne et l’Italie, et inciter au tourisme de qualité afin que les saisons soient de plus en plus longues. Le public touristique de masse engendre des risques de toutes natures, pour l’esthétique des territoires, le bien-être de leurs habitants et, quoi qu’on en pense, pour la bonne santé de leurs économies locales. Les collectivités territoriales doivent encourager l’initiative privée dès qu’elle tente de construire des leviers de puissance économique. Il ne faut pas céder aux rêveries des très-grands-ensembles-touristiques mais faire venir une clientèle familiale et adéquate à nos territoires d’exigence. Il faut donc savoir utiliser le potentiel du Vaucluse, qui a cette chance de proposer des panoramas représentatifs de la diversité de la France. Son développement est une priorité.

A Gordes, nous sommes partis de cette logique et c’est pour cela que nous sommes aujourd’hui encore une collectivité volontariste : il ne fallait pas seulement jouer la carte touristique mais la conjuguer à une réalité locale (création de cabinets médicaux, regroupement pédagogique et répartition différenciée des écoles à des lieux-clés de la commune, accès facilité à des locaux municipaux pour certains commerces, construction en pierre sèche obligatoire dès 1973, hôpital de 100 lits avec 85 employés travaillant au centre du village…).

QA : Vous avez-été élu Président du Conseil Départemental de Vaucluse le 2 Avril dernier. Pouvez-vous nous évoquer les actions que vous souhaitez mener durant votre mandat ?

MC : J’ai pleinement conscience des attentes de tous les citoyens et en particuliers des acteurs économiques. Le Conseil Départemental est installé pour agir dans ses responsabilités d’intérêt général. Pour 6 ans, j’ai la charge et l’honneur de présider cette institution nouvelle. Je dis bien : nouvelle !

En effet, elle se caractérise désormais par un profond renouvellement des élus, et une stricte parité qui va permettre aux 17 élues femmes de travailler avec les 17 élus hommes.

Dans la configuration difficile et complexe où se trouvent aujourd’hui à la fois le Vaucluse et notre pays, je souhaite vous dire ma confiance en l’avenir pour relever les défis. Le courage, le dynamisme et le travail sont des forces dont vous ne manquez pas, et dont nous ne manquons pas ! Pour agir en responsabilité et en profondeur, pour améliorer la situation des femmes et des hommes de notre territoire, le Conseil départemental écoutera tout le monde, pour évaluer les besoins des habitants et aussi la situation économique sur nos territoires, ce qui conditionne tant de choses. Puis il agira, avec rigueur, bon sens et imagination…

QA : Le Département de Vaucluse est un territoire en difficulté économique avec un fort taux de chômage. Quel leviers, issus des compétences du Département, envisagez vous d’activer afin d’agir tant sur les plans économiques que sociaux ?

MC : Nos actions seront fondées sur des objectifs clairs, forts et qui ont du sens. Sur le plan interne, notre gestion sera sobre et équitable dans l’intérêt du service public départemental. Sur le plan du développement économique local, riche de sources d’emplois et de richesses, nous nous attellerons à favoriser la préservation et l’amélioration de nos atours et atouts, à reconnaitre et promouvoir l’initiative, le dynamisme et l’innovation. Pour cela, sur les terrains d’exercices des activités et des savoir-faire des entrepreneurs, il faut que « l’écosystème » soit aménagé et organisé pour être le plus accueillant possible. Faire du Vaucluse une sorte de pépinière modèle en travaillant à simplifier, libérer, accompagner et promouvoir l’ensemble des initiatives territoriales.

Sur la question des impôts, ils sont le sang du peuple qui travaille et doivent donc être consacrés à ce qui est vital et indispensable pour le quotidien et l’avenir de nos concitoyens car seules les entreprises avec leurs ressources humaines sont créatrices de richesses et d’emplois ! Ces emplois, qui manquent si douloureusement en Vaucluse… La mobilisation de tous doit contribuer à assurer la sécurité et la lisibilité aux entreprises, aux créateurs, aux innovants. Faire et gagner la confiance, c’est notre objectif.

​Dans cette perspective, nous allons stabiliser les impôts départementaux sur la durée, mettre de l’ordre et du souffle dans nos partenariats et actions diverses, privilégier les investissements et fonctionner dans le cadre de marchés publics justes et maitrisés.

​Bien sûr, rien de durable ne peut se faire sans un véritable travail collectif de mise en œuvre des intelligences. Nous avons des valeurs et des objectifs communs, la même passion pour notre magnifique Vaucluse : notre devoir enthousiaste sera de travailler ensemble à la prospérité et au mieux-être de tous. Vous pouvez compter sur moi, sur mon équipe et mes collègues, comme je sais pouvoir compter sur tous ceux qui œuvrent pour faire exister notre territoire, ses cantons et ses communes.