Maurice CHABERT : « Développer le Vaucluse est une priorité »

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Maurice CHABERT : « Développer le Vaucluse est une priorité »

Maire de Gordes depuis près de trente ans, conseiller général, président de l’Association des Plus beaux Villages de France, Maurice Chabert est aussi le directeur départemental du Centre de gestion de la Fonction publique territoriale, ce qui le met quotidiennement à l’écoute de tous les élus du département comme c’est le cas avec ses autres responsabilités de vice-président du SDIS et de responsable des Comités Communaux Feux de Forêt. Actif sur le terrain des syndicats de communes, et bientôt sur celui des nouvelles intercommunalités, il exprime son point de vue d’élu et de Vauclusien sur l’avenir économique de notre territoire.

Quartier d’Affaires Avignon/Vaucluse : Quel est votre parcours personnel et politique ?

Maurice Chabert : Je suis né le 15 janvier 1944 à Gordes, dans une famille d’agriculteurs. Mon but a toujours été de rester dans ce pays du Luberon où j’ai mes racines. Au niveau des études, je me suis vite tourné vers les études scientifiques générales. Très vite, je me suis destiné à l’enseignement et me dirigeai, pour cela, vers la faculté des sciences d’Avignon… Ce fut d’ailleurs la première année de son ouverture. Je suivis ensuite une maîtrise ès sciences à Marseille puis passai mon CAPES de mathématiques. Je fus alors maître auxiliaire une fois de retour du service militaire, puis ma carrière de professeur se déroula dans plusieurs établissements comme Thiers à Avignon, Dauphin à Cavaillon, Diderot à Sorgues, et de Gaulle à Apt. Je ne regrette pas d’avoir fait ce métier mais je regrette ce qu’il est devenu à cause de l’agitation des classes, du manque de tenue intellectuelle des élèves et de l’esprit qui règne aujourd’hui dans une grosse partie du corps professoral.

Sur le plan politique, la première image qui me vient est celle de mon internat. Nous écoutions avec attention les conférences du général de Gaulle. J’ai toujours été gaulliste depuis cette époque. En 1968, au cours d’un voyage en Russie, je vis en Pologne les chars soviétiques qui allaient envahir la Tchécoslovaquie, et cela renforça mon engagement politique. Localement, j’ai d’abord été élu conseiller municipal en 1971 sur la liste de Justin Bonfils maire et conseiller général de Gordes pendant de trente ans. Depuis 1983, j’ai toujours élu maire au premier tour en liste complète. En 1986, je fus le député suppléant de Pierre Fructus, le maire de Pertuis. Et je suis conseiller général depuis 1994, réélu depuis au chaque fois au 1er tour.

QA : Dans quelles structures départementales avez-vous œuvré ?

MC : En 1997, je suis devenu président du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) et, en 2001, vice-président du conseil général. En 1994, avec 1100 bénévoles, je fonde les Comités Communaux Feux de forêt (CCFF) dont je préside actuellement l’association. Aujourd’hui, je m’investis beaucoup dans diverses structures intercommunales en présidant le syndicat intercommunal d’Electrification de la région de Cavaillon, celui des Eaux de la région Durance-Ventoux et celui des Transports scolaires de Cavaillon.

QA : Quelles sont vos principales réalisations communales contribuant au développement de votre bassin de vie ?

MC : En 1984, je réalise l’acquisition du Village des Bories dont l’exploitation par la municipalité en fait aujourd’hui la troisième destination touristique du Vaucluse, avec près de 150 000 visiteurs par an. En 1985, nous construisons une caserne de gendarmerie récemment réhabilitée, ce qui favorise le maintien des services publics comme ce fut le cas en 2007 avec l’inscription de nouvelles communes dans le giron de la trésorerie de Gordes (aménagée en en 1997). Idem pour la construction d’une caserne de pompiers en 1989. Un an avant, en 1988, c’était un quartier entier que nous avons réhabilité, Fontaine Basse, un des lieux les plus charmants et inconnus à la fois de notre village ! En 2005-2006, nous restructurons l’ancien hôpital pour en faire l’Hôtel Simiane, qui abrite aujourd’hui la mairie, la bibliothèque, des salles de réunion et d’exposition. En 2006, nous aménageons le Théâtre des Terrasses pour accueillir chaque année des comédiens, des artistes, des comiques populaires dans le cadre d’un des principaux festivals d’été du Luberon. En 2008, nous avons restauré le Temple des Gros et finalisé les jardins du parc municipal, etc.

QA : Au niveau national, vous vous êtes beaucoup investi dans la ruralité…

MC : Oui, j’ai succédé en 1996 à Charles Ceyrac, maire de Collonges-a-Rouge en Corrèze, le fondateur de l’Association des Plus Beaux Villages de France. Notre association compte actuellement 156 villages répartis dans 21 régions et 69 départements. Sur les 32 000 villages que comprend la France, nos « ilots » classés le sont toujours pour de bonnes raisons tenant au maintien d’un patrimoine historique et de plusieurs monuments classés et à une série d’autres critères d’expertise. Notre but est d’éviter les écueils du village-musée sans âme ou à l’inverse ceux du « parc d’attraction » afin de réconcilier les villages avec l’avenir, redonner la vie autour de la fontaine ou sur la place ombragée, symbolique des vies villageoises à la fois anciennes et modernes. C’est mon ambition et c’est pour cela que j’ai souhaité rationaliser ce mouvement de classement de la ruralité, afin de la préserver, dans plusieurs autres associations nationales (Belgique, Japon…). Actuellement, les Plus beaux villages se rassemblent au niveau mondial et je crois pouvoir vous dire que des initiatives en ce sens auront lieu dans les mois à venir.

QA : Sur la situation économique du Vaucluse, quel diagnostic faites-vous ?

MC : Le problème du Vaucluse est que son territoire est réduit et, compte tenu qu’il a été créé après les autres départements, les villes importantes se trouvent donc à côté des Bouches-du-Rhône. Il y a donc toujours eu un risque de concurrence des territoires et, dans les faits, il s’est réalisé. Nous sommes restés très longtemps « rural » sans pouvoir réellement développer très fortement notre économie agro-alimentaire pour en faire un référent national aussi dans la création d’emplois, la vivification des villes, la cohésion des offres, le lien avec les autres secteurs économiques, le maintien et l’aide à l’agriculture locale méritante… C’est le problème fondamental du Vaucluse, dont l’activité fruitière et légumière constitue pourtant l’essence.

QA : Quels sont selon vous les projets essentiels à mener à bien dans les années à venir pour la rénovation économique du département ?

MC : Il faut désenclaver le pays d’Apt (en construisant une route « deux fois deux voies » jusqu’à Bonpas et l’autoroute) et relier le Vaucluse au Gard grâce à la LEO (sur lequel subsiste un retard considérable). Je crois qu’il ne faut pas sous-estimer de développer les « industries propres », en lien avec l’Espagne et l’Italie, et inciter au tourisme de qualité afin que les saisons soient de plus en plus longues. Le public touristique de masse engendre des risques de toutes natures, pour l’esthétique des territoires, le bien-être de leurs habitants et, quoi qu’on en pense, pour la bonne santé de leurs économies locales. Les collectivités territoriales doivent encourager l’initiative privée dès qu’elle tente de construire des leviers de puissance économique. IL ne faut pas céder aux rêveries des très-grands-ensembles-touristiques mais faire venir une clientèle familiale et adéquate à nos territoires d’exigence. Il faut donc savoir utiliser le potentiel du Vaucluse, qui a cette chance de proposer des panoramas représentatifs de la diversité de la France. Son développement est une priorité. A Gordes, nous sommes partis de cette logique et c’est pour ça que nous sommes aujourd’hui encore une collectivité volontariste : il ne fallait pas seulement jouer la carte touristique mais la conjuguer à une réalité locale (création de cabinets médicaux, regroupement pédagogique et répartition différenciée des écoles à des lieux-clés de la commune, accès facilité à des locaux municipaux pour certains commerces, construction en pierre sèche obligatoire dès 1973, hôpital de 100 lits avec 85 employés travaillant au centre du village…).

QA : Un dernier mot ?

MC : Peut-être que, au final, l’économie vauclusienne pourra trouver une possibilité réelle de « rebond » avec une « économie culturelle régionale » : se rapprocher toujours plus d’Arles ou d’autres villes importantes pour construire des mécanismes territoriaux d’enrichissement et de dynamisation des services publics culturels, avec ce que tout cela implique en terme de nouvel embellissement des villes et des campagnes, de pôles éco-culturels à dimension interdépartemental, etc. A ce titre, la future communauté d’agglomération de Cavaillon-Gordes-Isle-sur-la-Sorgue aura un rôle essentiel comme elle est sise aux Portes du Luberon.

 

Propos recueillis par la rédaction